La géopolitique

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  • Publié le : 20 novembre 2009
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Géopolitique (Dagorn)
La géopolitique en mutation
René-Eric Dagorn
La géopolitique tente aujourd’hui de devenir une réflexion générale sur les espaces du politique – et non plus seulement sur les espaces de la puissance –. Elle se trouve, pour certains, au seuil d’un changement majeur.
« Guerres et conflits : la planète sous tension ! », tel est le thème du prochain Festival international dela géographie à Saint-Dié-des-Vosges début octobre 2008, l’un des plus importants rassemblements de la géographie en Europe et dans le monde. Au-delà de ce thème d’actualité, ce sont les analyses géopolitiques du monde qui, partout, s’imposent en force. C’est Courrier international qui en 2007 consacre une série de cinq grands dossiers aux « Essentiels de la géopolitique » (1), ce sont lesnouveaux programmes de classes préparatoires économiques qui s’intitulent depuis 2002 « Histoire-géographie-géopolitique ». C’est l’énorme succès de l’émission d’Arte, des DVD et des atlas du Dessous des cartes de Jean-Christophe Victor (le premier Atlas, sorti en 2005, s’est vendu à 300 000 exemplaires). C’est enfin l’omniprésence des questions « géopolitiques » dans les informations télévisées, lapresse et les publications récentes : Géopolitique de l’Iran, Géopolitique du Moyen-Orient, Géopolitique de l’empire américain…
La géopolitique se trouve donc aujourd’hui partout, situation d’autant plus étonnante que, après une période de large développement au début du xxe siècle, elle a disparu de 1945 au début des années 1970. L’histoire de la géopolitique peut donc nous aider à comprendre lasituation actuelle, à condition de bien voir que c’est la rupture, non la continuité, qui compte ici.
Prisonnier de la géographie
Si, comme le dit Pascal Lorot, « la géopolitique est fille de la géographie (2) », il s’agit d’une géographie qui n’a pas grand-chose à voir avec la science sociale actuelle. La géographie de la fin du XIXe siècle est essentiellement « une science naturelle des genres devie » : elle s’intéresse aux relations de causalité entre les espaces physiques (nature, territoires, paysages, climats…) et la politique des États. Ceux-ci deviennent la principale structure de l’Europe et s’organisent autour des questions nationales et du nationalisme (3). C’est dans ce cadre que les premiers auteurs importants de la géopolitique publient leurs premiers ouvrages.
FriedrichRatzel (1844-1904) et Rudolf Kjellen (1864-1922) sont souvent considérés comme les fondateurs de ces premières formes de géopolitique. Le premier, membre du Parti social-libéral allemand et défenseur du pangermanisme, publie en 1897 la première édition de sa Géographie politique (4). En 1902, il ajoute comme sous titre à la deuxième édition : « Géographie des États, du commerce et de la guerre ». F.Ratzel y propose une analyse des rapports entre les peuples et leurs territoires : « L’État est un organisme non seulement parce qu’il articule la vie du peuple sur l’immuabilité du sol, mais parce que ce lien se renforce par réciprocité au point que l’on ne peut plus les penser l’un sans l’autre (…). Les caractères les plus importants de cet État sont la taille, la situation et les frontières ;viennent ensuite le type et la forme du sol avec sa végétation, son irrigation et enfin les relations qu’il entretient avec le reste de la surface terrestre et particulièrement les mers attenantes et les terres inhabitées. »
R. Kjellen forge le mot « géopolitique » en 1916. Enseignant à Uppsala et à Göteborg (Suède), il se situe explicitement dans la lignée de F. Ratzel dont il se veut ledisciple. Son analyse géopolitique est elle aussi centrée sur l’État et vise à s’interroger sur la préservation et l’agrandissement de son espace par l’outil privilégié que sont la puissance militaire et la guerre. Ces deux auteurs proposent une vision très déterministe et darwinienne de la politique des États. Prisonniers de la géographie, ils sont condamnés à la guerre pour survivre. La géopolitique...