La gourmandise

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  • Publié le : 26 avril 2011
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1. La gourmandise
Si le mot « gourmandise » n’apparaît dans nos sources manuscrites qu’à la fin du Moyen Âge – en France vers 1400, en Angleterre vers 1450 –, son histoire est bien plus ancienne puisqu’elle remonte aux premiers temps du christianisme, aux premières communautés monastiques orientales des IIIe-IVe siècles. Et si le terme existe toujours aujourd’hui, sa signification,elle, a connu de nettes inflexions au cours des siècles.
Fortement négatif, le mot « gourmandise » qualifie un horrible vice. L’espagnol gula et goloso, golosoría, l’italien gola, le portugais gula et guloseima, gulodice dérivent du latin gula [gosier] désignant « la gourmandise », l’un des sept péchés capitaux codifiés par le Moyen Âge chrétien.
En effet selon l’Églisecatholique, il s’agit désir démesuré pour le plaisir lié à la nourriture ou à la boisson. On ne doit pas avoir d’attirance pour des aliments qui nuisent à la santé. On ne doit pas accorder plus d’attention à la nourriture qu’à ceux qui nous accompagnent. L’intoxication injustifiée est une perte totale de la raison et un péché mortel.Le péché originel de
CONNELISZ VAN HAARLEN (1592)
2. Les Sept péchés capitaux
Ce n’est pas un hasard que la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie sont capitaux : selon le moine gnostique Evagre le Pontique, qui le premier identifia ces "passions " au quatrième siècle, de ces péchés découlent en effet tous nos comportements impropres. Commettre un seul d’entre eux envoie notre âme en enfer de la manière la plus sûre et la plus rapide, où elle sera accompagnée d’un démon : Belphégor s’il s’agit d’un péché de paresse, Lucifer pour un péché d’orgueil etc.

L’envie, tout d’abord. C’est fondamentalement le désird’être à la place de l’autre et de la lui prendre. Elle consiste à nous désoler de ce que l’autre a, que nous n’avons pas et que nous voudrions avoir. L’envie est ainsi une manière de s’interdire le bonheur et, même, de faire son propre malheur. On peut même, en effet, comme le dit l’expression populaire, « mourir d’envie ». A force de désirer ce que l’autre a et qu’il n’a pas, l’envieux s’interdit dereconnaître ce qu’il a et d’en jouir. L’envieux est donc toujours triste. C’est un éternel frustré, car il a constamment le sentiment d’être dépossédé de ce que l’autre a. Parfois même, quand la déception le ronge, il n’a d’autre jouissance que celle de se réjouir du malheur des autres. On comprend dés lors le sens de l’ultime recommandation du décalogue : « Tu ne convoiteras pas la femme de tonprochain, tu ne désireras ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur ou sa servante, ni son bœuf ou son âne : rien de ce qui est à lui » (Dt 5,21). Cette recommandation nous protège du malheur; elle veut nous sauver de l’état de frustration permanente qui nous interdit de goûter au bonheur présent à la place où nous sommes, en le reportant indéfiniment à demain, ailleurs.

L’avarice est sansdoute le plus absurde des péchés capitaux. Dans l’avarice, en effet, nous perdons tout dans le moment même où l’on veut tout. L’avare prend, retient, s’accroche à ce qu’il a. Homme de la fixité, il met les choses hors circuit. Hors de question, bien entendu, de partager. Mais pas question non plus de dépenser quoi que ce soit pour lui-même. L’avare ne donne rien. Même pas à lui-même. Ils’interdit ainsi de jouir de son bien en n’y touchant pas. Il préfère le garder intact. En s’accrochant ainsi à ses richesses, l’avare est finalement un pauvre, un indigent imbécile, assis sur un trésor auquel il ne touche pas et qu’il défend de toutes parts. Car pour lui, en effet, l’autre n’est pas un ami potentiel, mais d’abord une menace : la menace de devoir donner un peu du sien, de son argent,...
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