La grande maison

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  • Publié le : 7 mai 2011
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Omar, jeune garçon protagoniste de La grande maison, semble avoir la force et la vivacité de tout enfant qui approche de l’âge adulte tout en gardant une certaine innocence. « Un peu de ce que tu manges ! » sont les premiers mots de ce personnage qui ouvrent le texte. Cet incipit définit l’enfant, figure centrale du roman, par le contexte de misère dans lequel il doit survivre. Omar habite avecsa mère, ses sœurs et sa grand-mère dans un appartement de Dar-Sbitar, la grande maison qui pourrait être considérée comme une ville en soi. Dans un contexte d’extrême pauvreté mais bourdonnant de vie, le lecteur peut suivre les aventures de cet enfant ainsi que celles des personnages qui partagent son espace vital.

Ce premier roman du grand écrivain algérien Mohammed Dib, publié en 1952,constitue le premier volet de la trilogie formée par L’incendie (1954) et Le métier à tisser (1954). L’auteur y retrace la vie d’une ville algérienne à l’aube de la guerre d’indépendance. Pour ce faire, il choisit de suivre le regard frais et lucide d’un enfant, Omar, qui devient témoin des souffrances d’une population ainsi que des mouvements qui précisent la révolte des Algériens contre le pouvoircolonial.

Bien que le lecteur soit tenté de voir en Omar un jeune héros algérien, porte parole de ses compatriotes, Mohammed Dib propose un personnage construit plutôt comme un antihéros. L’enfant, obsédé par la faim qui rythme ses jours, fait preuve d’une volonté de survie individuelle. Hormis l’épisode de solidarité à l’égard d’un camarade de l’école, les journées du garçon sont consacrées àla recherche du morceau de pain dur qui lui permettra de se nourrir. En ce sens, le personnage de Dib rappelle le protagoniste d’un texte espagnol du XVIème siècle. Il s’agit de La vida de Lazarillo de Tormes y de sus fortunas y adversidades, récit anonyme qui est devenu le modèle de la littérature picaresque espagnole. Tout comme Omar, Lazarillo est un jeune garçon qui vit dans la misère et quiconsacre toute son énergie à la recherche de la nourriture qui lui permettra de subsister. Le récit de ses aventures permet au lecteur de découvrir la société espagnole de l’époque, avec ses maux et ses vices, ses particularités et ses souffrances. Mais, loin de tomber dans une sorte de misérabilisme, le texte de Dib ainsi que le livre de Lazarillo proposent des personnages débrouillards, pleins devitalité et poussés dans la vie par le désir de liberté.

Une écriture ouverte aux sens

Le récit de Lazarillo de Tormes marque une rupture dans la littérature de la péninsule, car après le Moyen Age espagnol, il introduit dans ce système littéraire une écriture proche du corporel. La description des sensations physiques de Lazarillo enrichit le topos de la faim qui devient presque le filconducteur du texte. L’image de la pauvreté de ce personnage est construite par la récurrence de métaphores et de figures synesthésiques. La grande maison donne également une place centrale à la représentation des sensations physiques qui vont illustrer le monde d´Omar et la vie des gens de Dar-Sbitar.

Le topos de la faim, présent dès les premières lignes du texte, trace les portraits despersonnages du roman en mettant en relief leur corporalité. Ce choix d’écriture propose une perception des habitants de Dar-Sbitar dans toute leur humanité, avec leurs besoins, leurs sensations et leurs envies. La misère qui accable cette communauté est ainsi signifiée par la faim et la difficulté de se procurer le pain de chaque jour.

La faim, de plus en plus lancinante, faisait gargouiller lesintestins des petits. Timidement d’abord ils demandèrent à manger. Aïni paraissait écrasée. Tous ensemble alors ils implorèrent. Elle se leva, distribua de vieux morceaux de pain, avec une moitié de concombre, une pincée de sel. Omar épluchait sa part. Il ne jeta pas les pelures. Il s´en colla quelques-unes sur le front et les tempes et en éprouva une sensation de froid aiguë. Il mangea celles qui...
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