La grotte, jean annouilh

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  • Publié le : 16 avril 2011
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“La grotte”
(1961)

Drame

«La grotte» est cet espace de cuisines et dépendances d’un hôtel particulier du Faubourg Saint-Germain où vivent les domestiques et où les maîtres, le Comte et sa famille qui vivent à l’étage, ne pénètrent jamais. L’action commence quand un commissaire du Quai des Orfèvres vient enquêter sur le meurtre de la vieille cuisinière qui a été, dans son jeune âge, lamaîtresse du Comte.

Commentaire

Première de toute une série de pièces dans lesquelles Anouilh allait se livrer à un retour sur lui-même et sur ses personnages, à une fine analyse de l'effort créateur pour tirer la quintessence de son art, ce fut aussi une tentative pirandellienne de «théâtre dans le théâtre». Il se présenta tout bonnement comme l'auteur en train d'écrire (et on le lui areproché) une pièce d'Anouilh ! Il effectua un audacieux mélange des genres.
Le décor, en deux étages, sépare, en bas, la grotte, l'antre obscur de la cuisine, sous-sol où vivent les domestiques, et, en haut, le salon d'apparat de la riche maison bourgeoise. À cette dichotomie scénique correspondent les personnages : dans la grotte : Marie-Jeanne, cuisinière ; Romain, maître d'hôtel ; Léon, cocher ;Marcel, valet de chambre ; Hugueline, femme de chambre ; Adèle, fille de cuisine ; Alexis, aide de cuisine ; en haut : le comte, la comtesse, le baron et la baronne Jules ; on pourrait ajouter la première comtesse, la Vieille, dont le portrait trône au milieu du salon et qui, bien que morte, conserve une puissante influence sur tous les vivants.
Trois personnages restent à part : l'auteur, sur leproscénium, qui présente, explique, commente, critique, s'indigne et annule certains passages ; le séminariste, fils illégitime de la cuisinière et du comte, donc homme du peuple et homme du monde, et le commissaire de police, qui se collette avec une obstination de taureau à sa tâche, à découvrir l'assassin de la cuisinière. La pièce débute comme un bon roman policier : Ermeline Joseph, 47 ans,a été tuée dans sa cuisine. La réalité de l'auteur, d'ordre esthétique, doit former un faisceau harmonieux de motivations nous permettant d'apprécier l'univers, physique et mental, du crime. Or la réponse à la question « Qui a tué? » met fin au rôle de l'imagination qui échafaudait des hypothèses, poétiques ou pathétiques.
En certains cas privilégiés, les deux réalités se combinent pour formerune mélodie ; mais ici un hiatus si grave se creusa entre elles que l'auteur confessa : « Ce qu'on va jouer, ce soir, c'est une pièce que je n'ai jamais pu écrire. » Il s'apprêta donc à exhiber la suite de ses tentatives infructueuses, sa « collection d'échecs ». Par exemple, après la première scène, où le commissaire enquête avec un bon sens terre-à-terre, l'auteur intervient : « Il faut vousdire que, dans une première version, j'avais commencé la pièce par la Marie-Jeanne, seule dans sa cuisine au petit matin, qui recevait son fils... C'était bien aussi. C'était un début de pièce plus réaliste et plus poétique à la fois. Moins brillant, mais moins artificiel que le début avec le commissaire. (Il prend une décision soudaine) : Allez ! On va le jouer aussi, l'autre début. Et puis après,on verra. »
Ou bien encore, après le dialogue où le séminariste et Adèle n'osèrent pas aborder le vrai sujet : « Évidemment, ça ne mène à rien cette scène-là ! À rien du tout. Ils s'aiment, c'est un fait ; ça crève les yeux, mais ils n'arriveront jamais à se le dire. »
Dans le premier cas, l'auteur nous présenta un jugement commenté avant le texte : à nous de déterminer si nous approuvons ;dans le second, au contraire, nous avons déjà entendu la scène lorsque le dramaturge donne son appréciation, peu favorable au demeurant.
Dire que l'auteur reçoit ce qu'il mérite serait réagir comme un Béotien. Anouilh, dans cette pièce, souleva tout le problème de la création artistique : le dramaturge compose avec des personnages qui s'imposent mystérieusement à lui, nés on ne sait où mais...
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