La guerre des clans : analyse de la rivalité canadiens-nordiques dans le journal la presse de l'automne 1982 au printemps 1984

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  • Publié le : 22 avril 2011
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La Guerre des clans :

« C'est encore la guerre[1] » ; « Ce n'est sûrement pas une rivalité comme les autres[2]! » ; « Le feu continue à s'attiser des deux côtés de la barricade, ça commence à chauffer entre certains[3]... » ; « La série qui peut s'étirer sur sept matches, devrait déchirer le Québec tout entier[4]. »
Non, il ne s'agit pas d'extraits de l'Iliade, ni plus que du dernierépisode de la série Lance et Compte. Ce ne sont en fait que des bribes d'articles journalistiques sportifs qui ont été publiés dans le périodique montréalais La Presse, de l'automne 1982 au printemps 1984 couvrant des matches opposant les clubs de hockey du Canadien de Montréal aux Nordiques de Québec. Non obstan cette précision, aurait-il été injuste de considérer ceux-ci comme étant de l'ordre de lafiction? Selon le journaliste et ancien enseignant dans le même domaine à l'Université Laval Jacques Guay, il semblerait que non, puisque d'après lui, « l'information doit découler de sources dont la nature fait partie de l'information. "Le journaliste […] ne fait pas de fiction[5]". » Pourquoi alors ces extraits sont-ils susceptibles d'être confondus avec de la fiction, telle qu'on la retrouve dansla littérature? Parce que les écrits journalistiques, bien que l'on ne puisse leur apposer d'emblée l'étiquette "fiction"de part leur fonction essentiellement informative, relèvent tout de même de ce qu'une pléiade d'experts en analyse du discours appellent ''pratiques signifiantes[6].» Suivant ce constat, ce travail montrera comment le quotidien La Presse a conçu un imaginaire de champs debataille politique à l'échelle provinciale par le truchement de la couverture de la rivalité Canadiens-Nordiques entre septembre 1982 et avril 1984 afin de convaincre le peuple que l'”ennemi” ne se trouve pas ailleurs, mais bien chez soi. L'analyse du corpus reposera sur une approche méthodologique faisant appel aux théories de la pragmatique et de la rhétorique. La thèse sera étayée par la mise enrelief, à travers les articles étudiés, de la construction d'un imaginaire collectif d'un Québec en ''guerre civile'', suivit de l'examen de la rivalité sportive exploitée qui se donne comme débat politique, en passant par l de la lutte idéologique que celui-ci cautionne, pour se dénouer sur les aspects idéologiques des discours antagonistes.

Dans sa thèse sur le journalisme sportif, NormandBourgeois définit le travail de ce type de journaliste, travail qui « consiste à faire la spectacularisation d'une marchandise, c'est-à-dire du sport-spectacle[7] ». Qui dit marchandise dit de facto commerce. En effet, selon l'auteur de l'essai Lire le Québec au quotidien Louis Cornellier, les quotidiens sont, outre leur fonctions informative et réflexive, des « entreprises commerciales qui doiventêtre rentables pour continuer à remplir leur mission[8]. » Le sport médiatisé, ou ''sport-spectacle'', peut donc être définit comme une mise en fiction à des fins commerciales. Un simple survol des articles couvrant les différents duels entre les équipes de hockey professionnel de Québec et de Montréal entre l'automne 1982 et le printemps 1984 corrobore d'emblée cette postulation, comme en témoignejustement l'incipit du présent travail. D'ailleurs, dans son essai, Bourgeois cite l'expert en journalisme sportif Chrisopher Lash, qui prétend que « dans le domaine du sport, la rivalité entre équipes se réduit à une lutte pour une part de marché, réplique des rivalités entre entreprises industrielles et commerciales[9]. » À titre d'exemple, ce qui proquo concernant l'affichage au match pré-saisondisputé à Trois-Rivières : « Hier midi encore, les dirigeants des deux brasseries, Molson et O'Keefe, s'engueulaient avec les organisateurs du match de façon à savoir si le Canadien jouerait ou non derière une affiche O'Keefe.[10] » Cette observation est d'autant plus probante lorsque l'on sait que les deux équipes étaient la propriété de géants de la bière commerciale :
« On trouvait près...
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