La jalousie

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Compte rendu
Ouvrage recensé :
Jacques Leenhardt, Lecture politique du roman : la Jalousie d’Alain Robbe-Grillet, Paris, Éditions de Minuit, Coll. Critique. 1973, 231 p.

par Jacques Pelletier
Études littéraires, vol. 6, n° 2, 1973, p. 275-280.

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COMPTESRENDUS

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Jacques LEENHARDT, Lecture politique du roman : la Jalousie d'Alain Robbe-Grillet, Paris, Éditions de Minuit, Coll. Critique. 1973, 231 p. Dans Pour une sociologie du roman. Lucien Goldmann, dont Leenhardt est le disciple le plus connu, définissait le roman comme la transposition sur le plan littéraire de la vie quotidienne dans le monde capitaliste. Le roman, dans cetteperspective, est lié à l'essor de la bourgeoisie sans toutefois être l'expression de la conscience réelle ou possible de cette classe. Le roman n'est donc pas un reflet ni un véhicule des valeurs bourgeoises mais il est le pendant, sur le plan littéraire, de l'organisation sociale capitaliste, sa structure étant homologue à celle du marché, fondement de la société libérale. Par suite le roman, qui est liéà la fois structurellement et fonctionnellement à la société capitaliste, connaîtra une évolution analogue à celle de cette dernière. C'est ainsi que si la description de la psychologie des personnages est aujourd'hui différente de ce qu'elle était dans les romans du début du siècle, ce n'est pas d'abord parce que les instruments d'analyse psychologique se sont raffinés, mais bien parce quel'homme et la société ont changé : l'importance de l'individu, dans la société libérale, a diminué et à l'inverse l'importance des objets dans la vie sociale s'est accrue. Ce phénomène est le résultat d'un processus plus général que Goldmann, à la suite de Lukacs, appelle la réification.

Dans ce processus, on sait que Goldmann distingue trois phases capitales : celle d'abord de l'économie libéraleclassique, qui se poursuit jusqu'au début du XX e siècle, et qui est marquée par la primauté de l'individu et l'importance du capitalisme individuel ; celle, ensuite, du développement des trusts et du capital financier, qui correspond à ce que Lénine appelait le stade impérialiste du capitalisme, marquée par la diminution de l'importance de l'individu dans la vie économique et sociale ; celle,enfin, de l'intrusion de l'Etat dans l'économie et de la mise sur pied de mécanismes d'autorégulation, marquée par la prépondérance de la bureaucratie, de ce que Galbraith appelle la technostructure, et par le rôle de plus en plus grand des objets dans la vie sociale, cette phase correspondant à notre actuelle civilisation de consommation. Dans le roman classique, c'est-à-dire celui correspondant engros à la période de l'économie libérale pure, Goldmann fait remarquer que si les objets sont décrits, c'est uniquement en fonction des individus, la maison par exemple, et ici on n'a qu'à se rappeler sa fonction dans le roman balzacien, n'existant que dans son rapport aux personnages dont elle est, à sa manière, une expression. Dans le roman de la période suivante, le personnage romanesque perd...
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