La jeunesse

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  • Publié le : 3 juillet 2010
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Tout un monde sépare la jeunesse dorée qui fréquente les boîtes de nuit à la mode sur les rives du Bosphore, à Istanbul, des enfants mal vêtus courant pieds nus dans les ruelles étroites de la vieille ville de Diyarbakir. Ce contraste, que de nombreux citadins ne perçoivent pas, rappelle que la croissance économique impressionnante de la Turquie ces dernières années (lire « Forte croissance enpériode troublée ») n’a pas profité de façon équitable à l’ensemble de la population.
Si, dans l’ouest du pays, les revenus et les attentes de la classe moyenne se sont rapprochés des modèles européens, dans certaines provinces anatoliennes le revenu par habitant représente un faible pourcentage de celui des grandes métropoles. Alors que trente-cinq Turcs figurent sur la liste mondiale desmilliardaires publiée par Forbes, un récent rapport de la Banque mondiale indique un taux national de pauvreté de 18 %, en net recul cependant par rapport aux 27 % de la période de récession de 2002.
Malgré cette tendance positive, de nombreux Turcs continuent de vivre dans des conditions précaires. « La répartition des revenus s’était détériorée durant les années 1990, pendant la période de hauteinflation, explique M.Ahmet Insel, professeur d’économie à l’université Galatasaray, à Istanbul. La pauvreté a diminué un peu. La croissance ne creuse pas les inégalités, mais elle n’a pas un effet correcteur très important. »
La pauvreté prend diverses formes. Officiellement, l’agriculture continue d’employer près d’un tiers de la main-d’œuvre turque. En réalité, dans de nombreux cas, il s’agit d’unsous-emploi, puisque l’agriculture ne représente plus que 10,3 % du produit national brut (PNB) en janvier 2007. « Même si la pauvreté urbaine a décliné quelque peu, elle demeure constante dans les régions rurales, estime M. Ayse Bugra, professeur d’économie politique à l’université du Bosphore. De 32 % à 32,5 % des gens dans ces régions vivent au-dessous du seuil de pauvreté. »
Dans les grandesmétropoles, le manque d’emplois est exacerbé par le fait que l’urbanisation a érodé le soutien familial qui liait les nouveaux immigrants et leur parenté à la campagne. Le taux officiel de chômage, qui se situe autour de 10 %, ne reflète qu’une partie du problème. Même avec un emploi, de nombreuses familles arrivent à peine à joindre les deux bouts.
Le faible taux de présence des femmes dans lamain-d’œuvre représente un autre élément crucial de déséquilibre social. Même si, dans les régions rurales, de nombreuses paysannes participent aux travaux agricoles, elles sont rarement salariées. En zone urbaine, leur taux d’emploi atteint à peine 17 % et, selon les chiffres publiés par le directorat pour le statut de la femme, 66 % des travailleuses ne bénéficient pas de la sécurité sociale.
Dansdes secteurs tels que l’habillement ou la petite industrie, de nombreux employés travaillent ainsi de façon informelle. « Les politiques néolibérales ne profitent pas aux pauvres, souligne Mme Sule Necef, qui enseigne l’économie du travail à l’université de Marmara. Il y avait un Etat-providence qui équilibrait la situation, mais l’économie de marché a détruit ces mécanismes de rééquilibrage. » Lesalaire minimum net, ajusté périodiquement, se situe à 481 nouvelles livres turques (272 euros) par mois.
L’Est et le Sud-Est anatolien demeurent les régions les plus déshéritées du pays. Des milliers de familles, forcées de quitter leurs villages, leurs troupeaux et leurs champs durant la période de conflit avec les militants kurdes dans les années 1990, sont venues s’installer dans les centresurbains de la région. Ces déplacés, au niveau d’éducation souvent limité, survivent grâce à des travaux occasionnels et à une activité agricole saisonnière.
« Non seulement la croissance ne s’est pas répercutée ici, mais nos recherches montrent que la situation a en fait empiré. Il n’y a eu aucune amélioration de l’emploi et du développement économique », affirme pour sa part M. Serif Camci,...
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