La justice et la force, une approche philosophique

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  • Publié le : 20 mai 2011
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UNE JUSTICE SANS FORCE EST ELLE POSSIBLE ?

La justice et la force sont des notions qui, mises en relation, posent problème. Dès le XVIIème siècle, Blaise Pascal, dans ses Pensées, se questionnait : « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique » . Ces deux termes, considérés dans leur définition primitive, semblent frappés d’antonymie.

La justiceest, du point de vue du concept, de ce qui est écrit, la conformité au droit positif : la justice des hommes est aussi bien le pouvoir de faire régner le droit et l’exercice de ce pouvoir. Du point de vue de l’idée, la justice est un idéal, une valeur, un horizon comme respect de la personne, en tant que sujet moral et sujet de droit. Selon le concept, on trouve comme qualité essentielle de lajustice le pouvoir d’exercer et donc la force au service du droit : une force calculée, maîtrisée, limitée au service de la raison, pour tous et par tous ; au contraire de la violence, irrationnelle, emportée, sans limite que la mort d’autrui, au service d’une volonté particulière, exercée par une violence particulière.

La force est un concept désignant la puissance d’action physique, mais aussi lacontrainte morale, la violence. Contrairement à l’idée qui se pense par un effort de liberté, une force se mesure. Contrairement à l’idée qui régule, la violence ne régule rien, elle brise ou détruit. Si l’idée permet de juger, d’évaluer, de justifier dans une certaine mesure, la force ne justifie rien car la force ne fait pas le droit.

Ces essais de définition nous conduisent à relativiserl’opposition des deux notions. En effet, selon Pascal, « La justice sans la force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste » .

Dans un premier temps, Pascal oppose les concepts de justice et de force et conclutà la nécessité de les mettre ensemble (du début à "…ou que ce qui est fort soit juste."). Puis, il dénonce ironiquement la force qui se prétend juste (de "La justice est sujette à dispute …", jusqu'à la fin).
Le texte est construit comme une boule-de-neige qu'on pose en haut d'une pente et qui se met à rouler et à grossir, sans que l'on puisse l'arrêter. L'enchaînement des arguments est commeune suite d'événements irrémédiables qui conduit à la catastrophe finale, trahissant le pessimisme de Pascal en ce qui concerne le genre humain.
Pascal attaque son argumentation par deux mots : "Justice, force", deux concepts qui semblent tout d'abord opposés.

Le concept de justice est pris à la fois comme norme du droit, c'est-à-dire comme le système abstrait des valeurs fondamentales quidéfend les idéaux d'égalité entre les hommes, de liberté individuelle et de droit à la sécurité et sur lequel se fonde la légitimité; et comme institution judiciaire, c'est-à-dire comme le système concret de la justice dans la société, chargé de faire respecter ces principes et sur lequel s'appuie la légalité.
Quant au concept de force, Pascal joue sur son ambiguïté : est-ce une force d'oppression,violente, ou une force vertueuse, puissance au service du bien? Si l'on prend "force" comme "force d'oppression", elle est antagoniste avec la justice car dans cette force-là règne l'inégalité, la hiérarchie, la domination, toutes choses contraires à l'égalité et à la liberté défendues par la norme de justice. Si l'on prend "force" comme "force vertueuse", alors on la met au service de l'idéal dejustice, comme instrument du judiciaire, puissance qui défend la justice, va avec elle et lui est subordonnée.

Après avoir juxtaposé les deux concepts de justice et de force et les avoir ainsi implicitement opposés, Pascal va explicitement caractériser cette opposition.
"Il est juste que ce qui est juste soit suivi". En d'autres termes, nous sommes moralement obligés de faire ce qui est...
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