La lessive

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  • Publié le : 15 novembre 2011
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LE SAVOIR FAIRE DE NOS GRANDS PARENTS

LA BUE OU LA GRANDE LESSIVE
Jadis, on procédait aux bues, que l’on appelait également les buées, et même les buis ou buies en Berry, en Lyonnais et en Bourgogne. « La grande lessive », comme on l’appelait également, était une cérémonie rituelle qui consistait à laver le linge (du latin lineus = lin, le linge désignant au départ la toile de lin) deux foispar an dans le cuvier, un énorme baquet appelé aussi le cuveau, le bugadier ou le bougadou dans certaines régions (dans le Sud Ouest). Faire la bue chez nous désignait l’ensemble de l’opération qui se déroulait sur trois jours. La grande lessive nécessitait beaucoup de temps et de peine, surtout pour les mères de famille. Les armoires étaient bien garnies en linge, de quoi passer l’année sansencombre : c’est ce qui explique le volume de linge à laver les jours de grande lessive. LES OPERATIONS PREPARATOIRES. On commençait par trier le linge à blanchir en plusieurs catégories. On séparait le linge délicat du gros linge. On pratiquait ensuite le trempage, en passant une première fois le linge dans un baquet pour faire tomber au fond les matières peu adhérentes et solubles (poussières,boues). L’ESSOINGUAGE. Ensuite, on l’emmenait dans le ru ou la rivière proche (ou encore le lavoir) pour l’essangeage ou l’essoinguage, opération au cours de laquelle le linge était rincé dans l’eau claire et courante, rendue légèrement alcaline avec du sel de soude. On ne frottait que les grosses taches en repliant la toile, sans savon. Un baquet se remplissait pendant que l’autre se vidait. Ainsi, lacrasse était dissoute dans l’eau froide alors que ses matières se coagulaient dans l’eau bouillante. On faisait ainsi plusieurs navettes au ru. Le lendemain, c’était jour de bue, jour de lessive. Les hommes allaient chercher la brouette dans la remise, sur laquelle ils posaient un énorme baquet, le cuvier, dans lequel les femmes avaient entassé les paires de draps de l’année (les linceux, commeon les appelait), généralement brodés aux initiales de la mariée, les chemises, les bonnets de nuit, les blouses (les biaudes), bref, tout ce qu’on a pu amasser tout au long de l’année. Ils installaient alors le cuvier sur un large trépied de bois percé en son milieu. Ce linge sale va passer ainsi, pendant trois jours, de l’enfer (passage dans le cuvier) au purgatoire (séance de battoir au lavoirou à la rivière), puis au paradis (séchage, repassage et blanchiment), pendant trois jours. Mais l’opération était programmée comme dans une machine à laver moderne.

LE COULAGE OU LA BUE – LE CUVIER.

Ensuite, on passait au lavage, appelé aussi le coulage ou la bugade, opération que nous allons détailler ci après. Le grand cuvier de bois, cerclé de douelles comme un tonneau, a environ deuxmètres de diamètre sur un peu plus d’un demi de hauteur. On prend une poignée de glui (paille de seigle longue et non brisée) qu’on tord avant de l’introduire en force dans un petit trou, le pissoir ou la coulotte,
« La buée » - Tableau de la première moitié du XVIIe siècle Musée de Montpellier

qui se trouve au fond et au milieu du cuvier. Il sert de bouchon : le faisceau de glui dépasse endessous d’une dizaine de centimètres. Puis on amène des fagots de bouleau et une quantité de baquets pour faire chauffer l’eau dans des marmites accrochées à la crémaillère de la cheminée. On aura mis également un peu de branchages au fond du cuvier pour faciliter l’écoulement. Dans le cuvier, un grand vieux drap en crin dur (généralement du chanvre), appelé le charrier, ou dans certaines régions leflairé, va envelopper la lessive. On a préparé des lamelles de savon et des racines d’iris, du fenouil ou de la lavande, pour la senteur que l’on va disposer entre chaque couche de linge sale. Après les draps, on dépose le linge de corps et les vêtements, puis les vêtements de travail, le linge de maison, les nappes et les serviettes, les torchons, jusqu’à ce que le cuvier soit plein. Lorsque le...
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