La liberté sans la justice est-elle une véritable contradiction?

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  • Publié le : 31 octobre 2008
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La Liberté sans la Justice est une véritable contradiction

Dans un contexte de mondialisation libérale dite effrénée, où les Etats tentent de rétablir un peu de Justice via des Institutions multilatérales à la tâche complexe (OMC, ONU…), il est légitime de s’interroger sur les limites de la Liberté : si une liberté est en vérité bien vaine lorsque l’injustice la fait plier, et si, inversement,une injustice rend esclave plus qu’elle ne rend libre, on ne peut ainsi manquer de noter qu’ « une Liberté sans la Justice est une véritable contradiction », comme l’écrit Jean-Jacques Rousseau dans la huitième lettre des Lettres écrites de la Montagne.
Une telle affirmation ne saurait étonner dans les mots de J.-J. Rousseau, symbole même de l’esprit des « Lumières », cet esprit même quiinspira le libéralisme qui perdura jusqu’à nos jours, mais elle ouvre pourtant des questions fondamentales sur la légitimité de la Justice à limiter la Liberté – que l’on pourrait définir en première approximation comme la possibilité d’agir, de penser, de s’exprimer selon ses propres choix. En effet, s’il existe, en réalité, deux types de Justice, l’une consistant en un ordre moral extérieur maintenuvia une institution judiciaire de source étatique, l’autre, vertu cardinale, consistant au contraire en une aptitude intérieure à agir justement, c’est-à-dire à respecter les doits d’autrui, la première est d’une actualité certaine dans un contexte de libéralisation économique & politique poussée, et force est de constater qu’elle est davantage sur un position défensive qu’offensive. Comment eneffet justifier qu’une Justice définie extérieurement puisse s’opposer à ma Liberté de choix en tant qu’intériorité fondamentale ? Si l’on admet que la Liberté reste un objectif d’une légitimité indiscutable, la question problématique devient, par conséquent, celle-ci : la Justice est-elle réellement nécessaire à la Liberté ?
Il s’agira, dès lors, de montrer que, si la Justice est une entravenécessaire à la Liberté (1), sa responsabilité est cependant de demeurer au service de son épanouissement (2), afin d’en conclure à la fois à la nécessité et à la légitimité d’une limite de la Liberté par la Justice.
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« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. (…) Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles del’homme » dit la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 (articles 1 & 2), or on ne saurait mieux exprimer que la Justice – dont la mission fondamentale est bien d’assurer l’effectivité des droits naturels de chacun - est une entrave naturelle & nécessaire à ma Liberté. Il s’agira ici de comprendre les ressorts d’une telle idée a priori contradictoire.
En effet, si « les hommesnaissent et demeurent libres », on ne peut nier que la Justice soit une entrave à cette liberté naturelle de l’homme. L’article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen précise en effet quels sont ces droits imprescriptibles : « Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». Ainsi, la liberté de l’homme est-elle un « droit », et un droit qu’ils’agit de protéger. Or, si l’on en croit certains penseurs, la Justice en tant qu’ordre extérieur contraignant est proprement inconcevable étant donné non seulement mon droit à la liberté mais aussi le fait qu’un environnement où l’effectivité des libertés fondamentales est assurée est nécessairement harmonieux et juste. C’est par exemple le libéralisme économique d’un Adam SMITH, dont l’idéefondamentale est que la « main invisible » du Marché permet d’atteindre, lorsque rien n’entrave la liberté économique, un équilibre de l’offre et de la demande et in fine la prospérité maximale pour la société, idée qui a bien entendu inspiré le libéralisme triomphant des années 1980. Mais, on peut légitimement demeurer méfiant : les individus ne sont pas parfaitement rationnels[1] et le Marché...