La littérature dans le débat d'idée

Comme Voltaire qui déclarait « J'écris pour agir », Victor Hugo et Albert Camus à travers des genres littéraires aussi différents que l'essai, la poésie ou encore une forme de journal intime et, malgré un siècle d'écart, prennent la plume pour, à leur tour, s'élever contre les injustices de leur siècle... mais pourquoi choisir un outil d'écriture qui peut sembler peu efficace et peu revendicatifpour corriger les maux de ce monde ? Nous nous demanderons donc quel rôle revêt la littérature dans les débats d'idées. Pour cela, nous étudierons la littérature engagée sous plusieurs angles : en premier lieu, son implication indirecte dans le débat d'idées, où son rôle est plus didactique que polémique, puis la dénonciation d'une réalité contestable qui vise à démontrer au lecteur l'exactitudedu point de vue de l'auteur.

La littérature bien que fer de lance de la dénonciation peut parfois réaliser une argumentation indirecte par le biais d'allégories et d'une place importante donnée à l'implicite. Sans pour autant perdre de sa ferveur polémique, elle se fait plus didactique à travers des genres aussi divers que l'apologue avec les contes et fables, ou l'utopie ; tous distingués pardes subtilités qui leur confèrent un rôle différent.
Suivant un schéma narratif simple et une vision extrêmement manichéiste du monde, le conte, dont l'implication argumentative peut sembler moindre à cause des éléments merveilleux qui y sont incorporés (animaux doués de parole, sorcière, magie...) n'en possède pas moins une portée morale. Celui de La petite sirène par exemple, écrit parAnderson et qui conte l'aventure tragique d'une sirène amoureuse d'un homme, enseigne aux jeunes auditrices des valeurs morales dès leur plus jeune âge ou, en d'autres termes, l'adage bien connu « Il faut souffrir pour être belle ». Il peut aussi s'inscrire dans la sphère politique comme le montre Le roman de renard où la société animale est hiérarchisée et fonctionne comme la société médiévale avec leroi Noble et la reine Fière. Un autre type de conte s'ajoute à celui-ci, il s'agit du conte philosophique, genre inauguré par Voltaire et exploré dans bon nombre de ses oeuvre (Micromégas, Candide, L'ingénu). S'inspirant du conte traditionnel, celui-ci respecte le schéma narratif. Dans une oeuvre telle que L'ingénu, à travers un thème trivial (un Huron qui retrouve des parents et tombe amoureux),Voltaire critique la société de son temps. Dans ce récit, il use du procédé de distanciation crée par la venue d'un étranger qui, découvrant un nouveau monde, s'interroge sur de nombreux points comme la légitimité des pouvoirs du Pape et du roi. Derrière ce plaisant récit, se cache une critique du jansénisme et des jésuites qui porte à la réflexion son lecteur. Pas de critique virulente, seulementl'éveil de la curiosité du lecteur par le caractère implicite du récit, un moyen de se protéger de la censure qui faisait rage. Cette complicité et connivence avec le lecteur se retrouvent aussi dans les fables ou apologues.
« Docere et placere », telle est la devise des fables, genre caractérisé par l'utilisation systématique d'allégories à des fins didactiques. Prenant leurs sources chezEsope, les fables personnifient les animaux, leur donnant le don de parole et leur permettent ainsi, grâce à leurs qualités extra-humaines de « dénoncer » les déviances des contemporains de Jean de La Fontaine comme le prouve par exemple Les obsèques de la lionne qui critique l'hypocrisie des courtisans à l'égard du souverain. Grâce à des registres aussi divers que le parodique ou encore le satirique,ces petits récits, en apparence anodins ont tous une morale qui leur est propre mais qui est voilée grâce à la beauté sonore du récit et autres effets de style. La Fontaine est un exemple parfait, s'élevant contre les lois poétiques de la Pléiade, il réalise des fables, mélangeant rimes embrassées, plates et croisées pour rendre celles-ci attrayantes. Le rôle de l'apologue est donc de plaire...
tracking img