La loi neuwirth

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Numéro 439
D É M O G R A P H I Q U E S

Novembre 2007

D ’ É T U D E S

La loi Neuwirth quarante ans après : une révolution inachevée ?
Il y a quarante ans, le Parlement votait la loi Neuwirth libéralisant la contraception en France. Pourquoi l’État avait-il jusque-là chercher à l’empêcher, et comment expliquer ce changement d’attitude ? Évoquant la façon dont les couples s’y prenaientauparavant pour prévenir les naissances, Fabrice Cahen s’interroge sur les raisons du retard de la législation française si on la compare aux législations britannique et américaine. Pour ce qui est des conséquences de la loi, beaucoup s’attendaient à ce qu’elle entraîne la disparition des grossesses non prévues. Pourtant, elles représentent encore de nos jours une grossesse sur trois, comme nousl’expliquent Arnaud Régnier-Loilier et Henri Leridon. Quelles en sont les raisons ? Quelles sont les aspirations des couples d’aujourd’hui en matière d’enfants ? Comment s’y prennent-ils pour les réaliser ?

L ’ I N S T I T U T

N A T I O N A L

D ’ I N F O R M A T I O N

Après la loi Neuwirth, pourquoi tant de grossesses imprévues ?
Arnaud Régnier-loilier* et Henri leridon*
n France, lalimitation volontaire des naissances a commencé à se répandre dès la seconde moitié du xviiie siècle, bien avant l’apparition des méthodes médicales de contraception. Elle a conduit à une baisse de la fécondité moyenne de près de 5 enfants par femme au milieu du xviiie siècle à 2,5 au début du xxe siècle. Pour limiter le nombre de leurs enfants, les couples pratiquaient à cette époque principalementle retrait ou l’abstinence. La première de ces méthodes ayant une efficacité contraceptive imparfaite, et la seconde étant difficile à observer de façon permanente, il en résultait qu’une partie des grossesses étaient non désirées. De moins en moins acceptées, notamment après la Seconde Guerre mondiale, elles ont conduit les femmes à revendiquer ouvertement le droit d’avoir « un enfant si je veux,quand je veux » comme l’a popularisé un slogan du Mouvement français pour le planning familial à la fin des années 1970. L’un des obstacles
* Institut national d’études démographiques.

D E

E

B U L L E T I N

à l’exercice de ce droit était alors une loi de 1920 limitant l’accès à la contraception et réprimant l’avortement (voir l’article de Fabrice Cahen dans ce numéro). Le mouvementd’opinion a conduit à l’adoption le 28 décembre 1967 de la loi Neuwirth libéralisant l’usage de la contraception en France, sans pour autant autoriser la propagande anti-conceptionnelle ni l’avortement (1). La diffusion de nouvelles méthodes contraceptives plus efficaces (2) s’accélère alors, le taux d’utilisation de la pilule chez les femmes de 20 à 44 ans ne souhaitant pas d’enfant passant de 5 % en1970 à 37 % en 1978 et atteignant 60 % aujourd’hui [1]. Quarante ans après l’adoption de la loi Neuwirth, qu’en est-il de la maîtrise de la fécondité ?
(1) Il fallut attendre encore quelques années pour que l’interruption volontaire de grossesse soit à son tour libéralisée (loi Veil, 1975), et que la publicité pour les produits contraceptifs devienne possible en dehors des journaux médicaux(2001). (2) Notamment la pilule contraceptive, mise au point par Gregory Pincus en 1951, et commercialisée à partir de 1960 aux États-Unis.

M E N S U E L

SOMMAIRE

Éditorial – La loi Neuwirth quarante ans après : une révolution inachevée ? Après la loi Neuwirth, pourquoi tant de grossesses imprévues ? - p. 1 De la contraception clandestine à la loi Neuwirth : la France à la traîne ?- p. 5 2

La loi Neuwirth quarante ans après : une révolution inachevée ?

Huit naissances sur dix sont bien planifiées…

En % 100 90

La maîtrise croissante de la fécondité 80 qu’a permise la libéralisation de la Légende : contraception peut être retracée grâce 70 ERN (1988) - enquête sur la régulation des naissances (Ined-Insee) à une série d’enquêtes menées par ESFE (1994) - enquête sur...
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