La machine infernale

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  • Publié le : 10 mars 2010
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Symbole :
Page 36 :
(la didascalie) "_Tirésias __marche sur le bout de son écharpe"_
(Jocaste) "Vous marchez sur mon écharpe"
"...j'en ai contre cette écharpe"
" Et je la crains, je n'ose pas m'en séparer. C'est affreux C'est affreux ! Elle me tuera."
Page 59 :
(Tirésias) "Votre pied sur le bout de l'écharpe. Vous avez failli étrangler la reine."
(Jocaste) "voilà que tu letraites d'assassin parce qu'il a marché comme toi sur mon écharpe"
Page 40:
(Jocaste) "je tremble, je suis sortie avec tous mes bijoux"
Page 57:
(Tirésias) "Votre broche seule a des perles grosses comme un oeuf"
Page 58:
Les objets en général
Pages 36 et 37:
(Jocaste) "je suis entourée d'objets qui me détestent"
b) Le rôle dramaturgique des objets
L'écharpe et labroche sont bien plus que des accessoires de la parure féminine, ils sont investis de différents rôles et participent à la mise en place de la tension tragique.
L'écharpe rouge est d'abord un objet qui suscite la peur, l'angoisse de Jocaste : "je la crains".
Cette domination engendre une relation d'agressivité et se traduit par le champ lexical de la violence physique comme en témoignent lesverbes : ETRANGLER ; S'ACCROCHER ; S'ENROULER( à noter l'allitération en (R))
On peut alors renommer la pièce de Cocteau comme suit :
COMPTE A REBOURS D'UNE STRANGULATION ANNONCEE.
A la fin de l'acte IV, le fantôme de Jocaste ne manque pas d'y faire allusion :
"Cette méchante écharpe...l'avais-je assez prédit"
Ainsi, la présence envahissante de l'écharpe , de couleur rouge, annonce ledestin tragique de Jocaste. Lorsqu'au moment du dénouement Cocteau convoque à nouveau l'écharpe, c'est juste pour la montrer dans l'accomplissement de son rôle. Il ne reste plus à Oedipe qu'à hurler sa colère (p180) : "Elle est là...pendue...pendue à son écharpe."
La broche est d'abord présentée par Jocaste comme un objet de convoitise mais, la rénovation du cliché n'est pas sans intérêt. eneffet, Cocteau écrit: "cette broche...crève l'oeil de tout le monde". Le singulier remplace ici le pluriel de la métaphore populaire et provoque un effet d'annonce qui se teinte d'ironie tragique.
"La machine infernale" de vient alors le:
COMPTE A REBOURS D'UNE MUTILATION ANNONCEE.
Jocaste vit donc dans un univers de douleur : les portes de Thèbes sont interdites par un sphinx meurtrier,les assassins de Laïus ne sont toujours pas identifiés. Si le peuple peut "rire, danser, s'amuser" pour se divertir de ses angoisses, Jocaste, quant à elle, est prisonnière "d'objets qui (la) détestent, et qui veulent (sa) mort !"
Cette écharpe dont elle "n'ose (se) séparer", cette broche qu'elle ne veut pas "laisser à la maison" accentuent la fatalité inhérente au personnage;
Tristementmarquée par un destin qui la dépasse, elle porte sur elle les instruments de la fatalité tragique qui va s'abattre sans appel sur elle et sur Oedipe.
c) Un objet particulier : LE BERCEAU.
La didascalie inaugurale de l'acte III précise le décor de la chambre nuptiale :
"A gauche du lit, un berceau."(p.123)
Le berceau est d'abord présenté par Jocaste comme objet du souvenir de l'enfantperdu. "Depuis la mort de l'enfant, il me le fallait près de moi." précise Jocaste à Oedipe, comme pour s'excuser de la présence a priori inexplicable du berceau.
Mais en réalité il est pour elle l'objet culte de la maternité et aussi la matérialisation du regret de la maternité avortée. Le berceau vide devient le compagnon qui pendant 19 ans a meublé la solitude et les insomnies de Jocaste : "Je nepouvais dormir,..., j'étais trop seule."
Tout à la joie de son mariage, Jocaste n'éprouve plus le besoin de la présence du berceau à ses côtés au point d'accepter de l'enlever si Oedipe le souhaite.
L'AMBIGUITE du berceau réside dans le fait qu'il semble être plus exactement un OBJET/LIEU. en effet, c'est parce qu'il était lieu vide que Jocaste le gardait comme un lieu culte, comme un...
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