La machine infernale

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  • Publié le : 16 avril 2011
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« La Machine Infernale » de Cocteau

1. Acte 1 : registre comique dominant

Alors que dans le Prologue, la Voix annonce un sujet tragique-le parricide et l'inceste d'Oedipe-le premier acte ouvre la pièce sur une scène de comédie. On peut effectivement relever différents procédés comiques.

Ainsi, l'action dramatique débute avec une conversation entre les soldats. Le discours des personnagesest en prose et appartient au registre de langue familier, certains mots sont mêmes argotiques :"truc gueule".De plus, les soldats sont stéréotypés et leurs préoccupations sont triviales. Le chef, par exemple, est un fonctionnaire soucieux de son autorité et de son avancement. Ces éléments contribuent donc à faire de cette ouverture une scène de farce reposant sur un comique élémentaire et surdes personnages simplifiés.

On peut également noter de nombreux anachronismes qui, non seulement permettent d'inscrire l'action dans l'époque contemporaine à la date de création, mais aussi prêtent à rire car ils créent un décalage entre le cadre attendu (l'antiquité) et des éléments modernes (rouges aux lèvres, boites de nuit...)

Par la suite apparaît le fantôme de Laius.Il faut à cet égardnoter la transformation du nom du père d’Oedipe : Laïos dans le mythe devient Laius, en référence au long discours rébarbatifs de cet orateur de l'antiquité. Cette modification a un effet comique dans la mesure où le vieux roi ne parvient pas à communiquer avec les soldats. Sa voix est "parasitée", ses mots sont entrecoupés. La référence à la radio -moyen de communication alors en développement-est évidemment risible. Cette apparition relève donc du burlesque : on constate un contraste entre la familiarité du ton-le roi demande aux soldats de l'insulter, son message n'est pas clair- et la noblesse du personnage. D'autre part, l e fantôme de Laius ne manque pas de rappeler celui du vieux roi du Danemark dans l'Hamlet de Shakespeare (1600). Ainsi, dans la tragédie élisabéthaine, le spectrede l'ancien roi apparaît à son fils , Hamlet,pour lui apprendre qu'il a été assassiné par son propre frère,Claudius,qui a ensuite épousé la reine. Si l'on peut constater des ressemblances entre les deux actions notamment les rapports familiaux monstrueux-elles tiennent au respect de la légende d'Oedipe. Ces deux scènes diffèrent en effet par leur tonalité : alors que le merveilleux est, chez ledramaturge anglais, terrifiant, il prête à rire chez Cocteau et permet de désacraliser le mythe antique.

La tonalité burlesque domine donc le premier acte. En ce sens, le personnage de Jocaste ne correspond pas à l'héroïne tragique de Sophocle. Excentrique, avec un "fort accent des royalties", capricieuse et puérile, elle houspille Tirésias, le prend pour guide alors qu'il est aveugle et lui donnele ridicule surnom de "zizi". Cette entrée de la reine de Thèbes, par le quiproquo qu'il suscite et par les préoccupations triviales des personnages, relève en grande partie de la farce, les soldats ne reconnaissent pas leur reine et la prennent pour une matrone, Jocaste tente de séduire le plus jeune des soldats et n'hésite pas à toucher ses muscles.

On peut toutefois relever une percée dutragique sous la forme d'une ironie que seul le public averti par la Voix peut percevoir. Ainsi, Jocaste répète-t-elle qu'il n'y a pas "de plus doux ménage" que celui d'une mère et de son fils. Cette conception du couple annonce évidemment l'inceste. De plus, la reine n'arrête pas de se plaindre au sujet de son écharpe : "Tout le jour cette écharpe m'étrangle...elle me tuera". Le public sait déjàque Jocaste, à l'annonce de l'inceste, se pendra avec cette écharpe. Enfin, on relève une dernière anticipation sur l'action tragique quand la reine évoque sa broche "qui crève l'oeil de tout le monde".C'est effectivement avec ce bijou qu'oedipe se crèvera les yeux. Le rire de la farce cède donc progressivement la place à un rire grinçant, ironique : le public connait l'issue funeste de l'histoire...
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