La migration des intellectuels antillais vers la métropole

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  • Publié le : 7 mai 2009
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University of Kentucky

"La migration des intellectuels antillais vers la métropole"

Par
Marie Amadis
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Le XXème siècle s'est révélé siècle de changements sociaux et culturels déterminants; en France, de nombreux mouvements artistiques se formaient et se défendaient contre la littérature et l'art bourgeoisdes intellectuels français, comme par exemple le mouvement du surréalisme fondé par André Breton. C'est dans le creuset parisien que les jeunes artistes et écrivains évoluent, se rencontrent et se révoltent contre une société figée dans des idéaux culturels contraignants et restrictifs qui ne leurs correspondent plus. Dans ces années-là (dans les années 1920 à peu près), des étudiants antillais sevoient offrir des bourses afin de poursuivre leurs études en métropole, à Paris. Leur rencontre brutale avec des mouvements tels que ceux du surréalisme et du communisme ont un impact déterminant sur eux: ils prennent conscience de leur condition d'anciens-colonisés, de la condition socio-culturelle de leurs îles ou de leurs pays (ils viennent essentiellement de Martinique, de Guyanne et de paysafricains), et n'hésitent pas à se saisir des armes que leur fournissent leurs anciens colonisateurs afin de se défendre contre l'injustice de leur condition: la littérature.
Il est intéressant de constater que ce sont leurs anciens colonisateurs qui les forment, leur permettent d'étudier, et de cette façon leur font prendre conscience de leur condition sociale et leur donne l'occasion d'yréagir. La littérature qui va naître de ce mouvement formé par les Noirs expatriés de France est une littérature écrite d'origine récente, et qui se veut volontairement différente des oeuvres écrites par les quelques rares lettrés Noirs qui, jusqu'alors, ne se contentaient que d'imiter les manières de composer françaises, anglaises ou portugaises, et n'étaient que de pâles copies de ce que produisaientleurs colonisateurs. Désormais, les jeunes lettrés Noirs prennent pleinement conscience de leur condition de Noirs et revendiquent leur culture et leurs origines. Ils veulent trouver leur propre voix littéraire et se faire entendre. Dans les années 30, on assiste donc à la naissance du mouvement de la Négritude, fondé par Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor. Cettelittérature, à l'époque, est très militante: on réclame un retour aux sources, à la culture africaine sur laquelle se base la culture antillaise, et on rejette systématiquement toute forme d'influence occidentale.

C'est dès 1890 qu'une voix Noire se fait entendre: celle de W.E.B. Du Bois, aux États-Unis. Écrivain, historien, sociologue ou encore activiste américain, Du Bois fut le premier Noir ayantatteint un niveau intellectuel et social à reconnaître et revendiquer ses origines africaines et à passer sa vie à se battre pour affirmer les droits des Noirs. Il se considère comme un exilé et écrit sur l'Afrique, sur les conditions sociales des Noirs aux États-Unis et s'implique politiquement. Il écrit son oeuvre principale en 1903, The Souls of Black Folk, véritable bible pour les intellectuels dela négro-renaissance. Il aura un effet considérable sur ses successeurs. Avant lui, en général, les Noirs ayant reçu une éducation se contentaient d'essayer de ressembler le plus possible aux Blancs et de vivre comme des Blancs; ils étaient même honteux de la couleur de leur peau.

Il est aussi important de noter qu'à Paris, au début des années 1900, le « négrisme[1] » était un moyen utilisépour scandaliser le bourgeois que le dadaïste Tzara, écrivain d'origine roumaine à la pointe de l'avant-garde parisienne, se fit un plaisir d'exploiter. Il s'agissait d'explorer les arts africains, et Tzara se pencha en particulier sur la poésie d'origine primitive des tribus africaines mais également des autochtones d'Australie et d'Océanie. Il s'intéressa aux langues ewe ou maori et utilisa...
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