La mise en cause du langage dans fin de partie de samuel beckett

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  • Publié le : 17 mai 2011
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Fin de Partie, seconde pièce de Samuel Beckett, est montée au Royal Court Theatre de Londres par Roger Blin dans un contexte particulier : les années 50. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, cette entrée dans la seconde partie du XXè siècle est un tournant pour toutes les formes de création. En effet, il semblerait que l’Art ait atteint un achèvement total, avec le Carré blanc sur fond blancde Malevitch et l’ « Écran Noir » de Duras de 30 minutes dans l’Homme Atlantique, l’insoutenable silence de 4:33 de John Cage ou encore avec l’éloge de la page blanche chez Mallarmé suivi plus tard du Degré Zéro de l’écriture de Barthes et de La littérature et le droit à la mort de Maurice Blanchot entre autres. La peinture, le cinéma, la musique et la littérature, semblent avoir fait chacunl’expérience esthétique de l’auto-destruction. Dans cette atmosphère artistiquement suicidaire, Samuel Beckett ne propose pas une simple mise à mort inféconde de l’art dramatique mais bien une remise en cause profonde et viscérale du langage-même.
Ainsi, nous tenterons de comprendre par quels procédés et à quelle fin Beckett mène-t-il à bien dans Fin de Partie l’assassinat d’un langage en crise.Pour se faire, nous étudierons comment l’auteur concrétise cette «faillite du langage» qui entraine une incommunicabilité frappante entre ses personnages pour finalement se demander si les ruines de ce langage ne constituent pas un salut pour les hommes.

Tout d’abord, Beckett ne se pose pas comme simple témoin d’une crise du langage, il démantèle méticuleusement chaque acception de celui-ci,tant dans sa destruction de la langue elle-même que dans l’anéantissement de toute conception dramaturgique ou fonctionnelle du langage.
Dans son esthétique du dénuement, Beckett ne se contente pas d’un décor limité et sinistre : « Intérieur sans meubles. Lumière grisâtre », il va jusqu’à dépouiller les répliques de ses personnages réduits à des appellations monosyllabiques. Ainsi, à traversles voix de Hamm, Clov, Nall et Negg, Beckett entame un appauvrissement du langage. Le vocabulaire utilisé est d’une indigence extrême. La récurrence obsessionnelle du « ça » dans les répliques montre cette difficulté des personnages à exprimer clairement leur propos et suggère la sénilité des personnages. Également, le dramaturge souligne cette misère linguistique par l’utilisation du registre dela grossièreté («je m’en fous») et de la familiarité avec le mot « truc » :
Hamm (avec colère). — Je m’en fous de l’univers ! (Un temps.) Trouve quelque chose.
Clov. — Comment ?
Hamm. — Un truc, trouve un truc.
Aussi, des interjections vulgarisantes comme « hein » (p.24) ou «eh ben» (p.85) sont récurrentes dans la pièce. De plus, Beckett opère un bouleversement de la grammaire,notamment dans la récurrence de ses solécismes : avec par exemple le non-respect des inversions verbe/sujet dans les interrogations : « quelle fenêtre c’est ? » (p.84) ou « on est quel mois ? » (p.86). Nombreuses sont les répliques monosyllabiques, constituée uniquement d’un« oui » ou d’un « non », mais c’est surtout le refus de la syntaxe de certaine période qui choque à la lecture : « je vousdonne du blé, un kilo, un kilo et demi, et vous le rapportez à votre enfant et vous lui en faites - s’il vit encore - une bonne bouillie.»(p.71) Les propositions sont juxtaposées les unes à côtés des autres et frôlent parfois la parataxe. Cette négation de la phrase se ressent dans le dernier monologue de Hamm, véritable enchaînement de mots à l’état de syllabe, entre-coupés de temps morts : «Voyons. (Un temps.) Ah oui ! Bon. (Un temps.) Jeter. Et puis ? (Un temps.) Enlever. (...) Et remettre. Égalité. Essuyer. Et remettre. On arrive. (...) Et puis ? Bon. (Un temps.) Père! (Un Temps. Plus fort.) Père! (Un temps) Bon. (Un temps) On arrive. » Mais l’auteur ne s’arrête pas à une simple déconstruction de la phrase, il s’en prend directement aux mots. Ainsi, le premier prononcé par Hamm est...
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