La mondialisation

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  • Publié le : 20 octobre 2009
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Le « doux commerce », vanté par Montesquieu, et la mondialisation politique entraînent-ils la disparition des conflits ? Va-t-on au contraire vers la multiplication des risques de violence du fait de l’extension des interactions d’échelle mondiale ?
Montesquieu n'en doutait pas : « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquementdépendantes » (De l’esprit des lois, 1748). Dans ce sens, la construction européenne a été une formidable réussite : non seulement la création de la CEE en 1957 a totalement transformé les relations entre la France et l’Allemagne et écarté la guerre dans l’Europe des douze, mais l’Union européenne à vingt-sept semble avoir totalement rompu avec l’idée même de guerre interne.
Les néoconservateursaméricains n’hésitent pas à ironiser sur « le paradis posthistorique de la paix perpétuelle (1) » prétendument atteint par l’Europe, eux qui estiment que les Etats-Unis doivent assurer l’ordre impérial dans « l’histoire et le monde réel » de la guerre de tous contre tous. Plusieurs tendances très différentes s’affrontent donc sur la question, et l’idée de la mondialisation comme facteur de paixest aujourd’hui au centre de polémiques acharnées.
Une violence mondiale en baisse
Le débat sur les effets du « doux commerce » de Montesquieu a rebondi récemment, avec la publication par l’ENS d’un court ouvrage percutant sur la question (2). Les auteurs affirment que si « le commerce entre deux pays fait baisser la probabilité d’un conflit violent entre ces deux pays (…), il serait faux d’endéduire que la mondialisation amène à la paix mondiale. C’est en fait l’inverse qui se produit ». Cet apparent paradoxe s’explique par la différence entre ouvertures bilatérale et multilatérale : plus un pays est ouvert à de nombreux autres pays (multilatéral), plus la place des échanges avec ses voisins directs diminue relativement, donc moins ce commerce bilatéral est-il à même de décourager lesconflits armés entre les pays frontaliers. S’appuyant sur une réflexion empirique et statistique originale (calcul de la distance moyenne de la conflictualité, courbe de distribution de l’intensité des conflits, indice de démocratie et d’ouverture commerciale des pays en guerre, etc.), l’ouvrage montre à la fois que « l’existence d’une relation simple, mécanique et systématique entre commerce etconflits n’existe pas », et que ce qui réduit en réalité les conflits, c’est le politique : « La création des institutions nécessaires au bon fonctionnement des accords (multilatéraux) comme l’Onu offre un lieu organisé et structuré, propice à la négociation ».
Ce sont ces aspects politiques de la mondialisation que les recherches du HSC (Human Security Center, Canada) valorisent comme facteur dediminution des conflits. Le Human Security Report (3) fait apparaître une contradiction flagrante entre une perception de la violence mondiale à la hausse, et la réalité planétaire où « le nombre de conflits armés a décliné de plus de 40 % (…), les crises internationales ont diminué de 70 % (…), le nombre de réfugiés a diminué de 45 % (…) et, malgré les horreurs du Rwanda et de Srebrenica, lenombre de génocides et de massacres politiques a diminué de 80 % ».
Société-monde contre terreur monde ?
Ce décalage entre violence fantasmée et réalité tient d’abord au traitement du terrorisme et à la faiblesse de la réflexion sur la violence asymétrique. Lorsque l’Ira a annoncé, en juillet 2005, l’arrêt de la « lutte armée » (3 000 morts depuis 1969), les journaux télévisés n’y ont accordé quequelques minutes. Au même moment, la moindre déclaration d’Al-Qaïda – même sans aucune crédibilité – était largement médiatisée, créant l’illusion d’un monde livré au chaos et à la guerre perpétuelle (ce qui est l’un des objectifs des groupes terroristes) (4). Gérard Chaliand signalait déjà dans les années 1980 que la principale parade concernant l’action médiatique du terrorisme était « une...
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