La monnaie sociale

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  • Publié le : 9 décembre 2010
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|La monnaie sociale |

L'argent est source de toutes les convoitises, de satisfaction de toute forme de besoin, de réussite. Il est aussi un soleil noir pour de nombreuses populations : ceux qui en ont dépassent l'interdépendance concomitante à tout groupe social, ce quien manquent s'enferment. L'argent renforce donc le développement de l'individualisme. L'argent est identifié à la monnaie, celle-ci ne dépend plus des individus, la monnaie dépend de la monnaie. Elle est devenue une marchandise. Or l'argent n'est qu'un type de monnaie. Il en existe d'autres.
Le terme de monnaie sociale tend à réintroduire une dimension collective et à (re)développerl'interdépendance entre des acteurs géographiquement, idéologiquement ou socialement proches. Ce terme générique contient des appellations différentes[1] et il nous apparaît plus judicieux de parler de monnaies sociales. Jérome Blanc[2] offre une définition large qui contient intrinsèquement les termes qui, aujourd'hui encore, agitent le débat : « cette expression désigne un ensemble de dispositifs d’échangesde biens, de services ou de savoirs organisés par et pour des groupes humains de petite taille au moyen de l’établissement d’une monnaie interne ». Trois éléments sont capitaux dans cette définition : la notion de l'échange de biens marchands et non marchands, organisés par et pour des groupes humains de petite taille, avec une monnaie interne.
La première partie de la définition renvoie à laquestion de la reconnaissance de la valeur d'activités qui ne sont pas pris en compte par l'économie actuelle et constitue une base commune à de nombreuses expériences de monnaies dites sociales. Ces communautés d'individus ont une approche « fondamentaliste » de la monnaie et proposent de revenir à sa fonction première : faciliter l'échange entre individus en retirant à la monnaie sa fonction demarchandise. Redonner de la valeur, monétaire, a des activités non marchandes en quelque sorte.
La deuxième notion renvoie à la petitesse de ces communautés, de ces systèmes et à leur organisation. Des premières divergences apparaissent ici. Il existe plus de 5000 monnaies sociales dans le monde qui tentent de répondre à des problèmes différents pour des communautés plus ou moins homogènesétablies selon le besoin, la localité, l'idéologie... Les besoins recoupent des réalités sociales particulières, s'adressent à des publics différents. Ainsi, les monnaies sociales, surtout celles développées en Europe, peuvent indifféremment concerner des territoires enclavés (rural, urbain) ou des groupes sociaux bénéficiant d'un certain capital culturel[3]. La monnaie sociale ne s'adresse pastoujours aux populations les plus pauvres. Ainsi, l'exemple argentin démontre que la population concernée était essentiellement la classe moyenne et que des nombreuses difficultés sont apparues quand des populations plus pauvres ont vu le système de trueque comme un moyen d'échapper à leur pauvreté[4].
Le troisième point de la définition constitue le principal point d'achoppement : est il possible pourune autre entité que l'État (groupe social, collectivité locale..) de battre monnaie, compétence régalienne par excellence? L'émergence et le développement des monnaies sociales est pensé comme un moyen de re-localiser , dé-financiariser , répartir , diffuser la monnaie. Ces communautés monétaires parallèles ont un rapport plus ou moins tranché vis à vis de la monnaie : certaines ont remplacéla monnaie traditionnelle par la monnaie sociale au sein de la communauté (exemple de Palmas au brésil), d'autres se contentent de pallier aux insuffisances du système actuel (comme les SEL français, Roland en Allemagne). D'autres, encore, sont institutionnalisées, ou en voie d'institutionnalisation. Des pouvoirs publics (villes, Landers...)supportent ces activités en les territorialisant. Par...
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