La mort des amants

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1288 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 18 novembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
La mort des amants, Baudelaire (121)

121ème sonnet de l’édition de 1861 des Fleurs du mal est le 1er poème de la section La Mort qui clôt le recueil. Or ce sonnet , dont on ignore la date de composition reçut un accueil très favorable. A la fin du XIX ème siècle nombreux furent les auteurs que Baudelaire influença , romanciers et musiciens ! Ce sonnet est régulier en décasyllabes.
Lathématique et les images produisent en revanche un effet de surprise et une impression d’étrangeté. Alors que l’on s’attendrait à une vision tragique et pénible, l’évocation de la mort est au contraire joyeuse et sereine. On est très loin ici des visions atroces d’ »UN voyage à Cythère » et d’une « Charogne » . L’atmosphère de ce sonnet n’est pas en revanche sans rappeler « L’invitation au voyage » commesi la mort était un au-delà où « Tout n’est qu’ordre et beauté, luxe , calme et volupté ». De plus, Baudelaire a été ici influencé par les théories platoniciennes qui éclorent au XVème siècle en Italie, proposant une vision inédite des rapports de l’homme et du monde. Comment le poète parvient-il donc, en utilisant des repères culturels du passé, à franchir le cap de la modernité ?
I- Unevision heureuse et paradoxale de la mort
Nous avons une représentation étrange de la mort remarquée par un réseau de qualificatifs surprenants. Le 1er étonnement vient du fait que la mort n’est jamais nommée dans le poème. Elle n’est pas non plus présente sous la forme de personnification. Sans le titre, ce poème pourrait passer pour une évocation béate de l’amour . Or cette évocation donne lieu à unepeinture très précise. Sur 14 vers on compte plus de 20 adjectifs. 3 appartiennent au champ lexical de la mort « dernières, ternis, mortes », ce qui est rare. Les autres font référence à la vie. Ainsi, grâce à « pleins, profonds, chargé », naît une impression de plénitude ! On est ici à mille lieues des qualificatifs habituels qui font de la mort le symbole du vide et de l’absence. De plus, lesadj. De la couleur que l’on trouve au v9  « rose et bleu » vont à l’encontre de la représentation traditionnelle de la mort, associée au noir !
Le tableau s’apparent à une douce aquarelle de tons pastels, sortes de nuées bleues et roses. Comme si l’amour était plus fort que la mort !
D’ailleurs, l’ange qui permet la résurrection est qualifié de « fidèle et joyeux ». L’au-delà devient une universenchanteur, propice aux réjouissances. Le morbide, les ténèbres, l’inquiétude sont donc totalement évacués par Baudelaire. Seul, l’adjectif « étranges » suggère un monde insolite, mais non pas effrayant !
En fin, le paradoxe culmine avec « écloses » ,v4 qui définit une ouverture, une dynamique vitale, un monde où la création est possible. Les fleurs qui s’ouvrent ici à la vie sont le symboled’une continuité de la nature, au-delà de la mort. Le participe présent  « entrouvrant » v12 vient corroborer cette idée alors que la mort est traditionnellement comme un monde clos.
Les sensations sont également très riches dans ce poème. La vue « réfléchiront, miroirs », l’ouïe « sanglot » et l’odorat « odeurs légères , fleurs » y sont sollicités. Or la sensation n’est-elle pas justement le propre dela vie ? La mort n’exclut donc pas la vie corporelle, même si c’est l’âme qui en est l’enjeu principal !

Enfin, la mort semble enviable que la vie. Notons tout d’abord que le vers 2 propose une vision insolite car il semble inverser comparé et comparant. On s’attendrait plutôt à ce que le poète définisse les tombeaux comme plus profonds que les divans et non l’inverse. Ici, le paradoxe est àson point le plus haut. De plus, le comparatif de supériorité employé au vers 4 « plus beaux » poursuit le processus : la mort est plus parfaite que la vie. La référence aux « cieux »est aussi intéressante, puisque l’on sait que chez Baudelaire les cieux sont associés le plus souvent à l’idéal. Or on se serait plutôt attendu ici à des images de gouffre et d’abîme. La seule concession aux lieux...
tracking img