LA MORT EN POESIE ET EN CHANSON

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Pierre de Ronsard
« Sur la Mort de Marie »

Il s’agit d’un poème officiel écrit sur demande d’Henri III, c'est-à-dire de circonstance, ce roi venait de perdre sa maîtresse Marie de Cleves décédée à 21 ans en 1574. Cet extrait fait un parallèle avec la vie de Ronsard qui a été épris d’une paysanne Marie Dupin, morte en 1573.
Ce texte est un sonnet, en alexandrin, mais avec une particularitédes rimes, propre à Ronsard : ce sonnet n’est ni italien ni français.


Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose :

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur :
Mais battue ou de pluie, oud’excessive ardeur,
Languissante elle meurt feuille à feuille déclose :

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.

          Pierre de Ronsard,Sur la mort de Marie


LA MORT EN POESIE ET EN CHANSON (textes complémentaires)


TEXTE A : Jacottet, L’Effraie, « sois tranquille, cela viendra »
Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,
tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.
 
Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branchesou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris
 
doux, même quand tu serres avec force le noeud
de vos quatre bras pour être bien immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux,
 
elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
ellevient : d'un à l'autre mot tu es plus vieux.
Philippe Jaccottet, L'Effraie

TEXTE B : François Villon, LA « BALLADE DES PENDU  - Méditation sur la peine de mort »
Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci,
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six,
Quant de lachair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça 1dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre2 !
Se frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain3, quoique fûmes occis4
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas le sens rassis
Excusez -nous, puis que sommes transis5,Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie6
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
La pluie nous a debués 7et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis ;
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puisça, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetez d’oiseaux que dès à coudre,
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Prince Jésus, qui sur tous a maîtrie,
Gardez qu’Enfer n’aie de nous seigneurie.
A lui n’avons que faire ni que soudre8.
Hommes, ici n’aient point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nousveuille absoudre !


François Villon, « La Ballade des Pendus »

TEXTE C, Jacques Brel, « J’arrive »
De chrysanthèmes* en chrysanthèmes
Nos amitiés sont en partance
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
La mort potence nos dulcinées
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Les autres fleurs font ce qu´elles peuvent
De chrysanthèmes en chrysanthèmes
Les hommes pleurent, les femmes pleuvent...