La nature de l'homme est-elle de ne pas avoir de nature

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  • Publié le : 10 mai 2011
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Comment faut-il comprendre l’expression : « la nature de l’homme est de ne pas avoir de nature ? »

Introduction :
« c’est dans la nature de l’homme », « c’est dans ma nature », « les hommes sont méchants par nature » : ces expressions témoignent qu’on a souvent tendance à enfermer l’homme dans une « nature » toute faite ; or ne peut-on pas paradoxalement définir la nature humaine parl’absence de nature ? La nature de l’homme (c'est-à-dire son essence, sa définition, son concept) serait de ne pas avoir de nature ; comment faut-il comprendre ce paradoxe ? Cette négation de la nature en l’homme (ou de l’homme) n’est-elle pas la condition positive de sa liberté, la marque d’une transcendance qui fait de l’homme un être à part dans la nature, un être qui se distingue radicalement desanimaux ? La condition de l’homme n’est-elle pas d’être autre chose qu’un être naturel ? Pourtant ne doit-on pas reconnaître que l’homme fait aussi partie de la nature et qu’il a une nature ?

I) Est-ce qu’on ne peut pas définir l’homme par cette capacité à s’arracher à ce qui est naturel en lui : ses instincts, son animalité ?
A) La nature de l’homme est manque, privation : selon le mythe deProméthée raconté par Platon dans le dialogue Protagoras, l’homme a été créé inachevé : contrairement aux animaux qui sont dotés d’instincts, l’homme va devoir se créer lui-même en inventant la culture : le feu volé aux dieux et donné aux hommes par Prométhée symbolise cet artifice qui marque l’avènement de l’humanité qui entre dans l’histoire et se distingue des bêtes réduites à manger cru, à vivre dansles bois…L’homme lui va manger cuit, vivre dans des villes (la Polis). La nature de l’homme est donc paradoxalement de devenir autre chose qu’un être naturel : un être de culture, un humain. La nature de l’homme consiste donc bien à nier sa propre animalité, la nature en lui, ses instincts ; par exemple en respectant des interdits religieux ou moraux et des règles sociales.
B) La « naturehumaine » se définit donc par cette capacité à transcender (=dépasser) la nature : ce qui signifie que l’homme est fondamentalement LIBRE : Rousseau montre dans le Discours sur l’inégalité que l’homme n’est pas déterminé par l’instinct mais qu’il peut choisir librement et qu’il est perfectible (le concept de « perfectibilité » chez Rousseau signifie l’ouverture à l’histoire, la condition de possibilitéde la culture conçue comme création, innovation et non pas comme tradition) ; l’ essence de l’homme est de ne pas avoir d’essence, d’être indéterminé : cette liberté se montre d’ailleurs paradoxalement dans la capacité à faire des excès ; par exemple si les animaux sont souvent cruels, seul les hommes sont capables des pires atrocités : faire le mal gratuitement, torturer ses semblables sans butaucun (le génocide au Rwanda par ex.). Le mal absolu n’est pas naturel mais le fait d’un être libre, capable d’excès. (c’est ainsi que Rousseau peut écrire que l’homme « retombe plus bas que la bête même » puisque la culture est dénaturation, perversion, régression possible ; « Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile ? » s’exclame Rousseau dans une formule étonnante : précisémentparce qu’il n’est pas comme l’animal enfermé dans une nature, mais un être en devenir, capable de devenir humain ou inhumain.
II) Conséquences morales : l’homme n’est pas prisonnier d’une « nature » toute faite qui justifierait ses actes ; l’homme est libre et responsable de tout ce qu’il fait.
A) La critique du déterminisme : l’homme n’a pas d’excuse ; ce n’est pas parce que c’est dans ma natureque je suis colérique, agressif, mais je me choisis colérique, agressif : mon caractère dépend de moi, je peux maîtriser mes émotions ; il serait donc dangereux de réduire l’homme à un déterminisme biologique ; par exemple Luc Ferry écrit que « la femme a la possibilité de concevoir des enfants ; c’est sa situation (concept de Sartre), mais déclarer qu’elle est « faite pour avoir des enfants »...
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