La nature

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 24 (5976 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 13 octobre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Article sur le livre de Jean Marie Schaeffer, La fin de l’exception humaine. (Gallimard, 2007)

Jean-Marie Schaeffer a fait paraître, en 2007, un livre très profondément révolutionnaire, intitulé La fin de l’exception humaine [1]. Grossièrement résumée, la thèse de Schaeffer pourrait être ainsi énoncée : il n’est plus possible aujourd’hui de maintenir l’idée qu’il existe une spécificité nonnaturelle de l’homme. En d’autres termes, Schaeffer défend une position naturaliste, mais nuancée d’un refus du réductionnisme, qui constitue une tension permanente tout au long de l’ouvrage, et qui fait appel à des subtilités que ne semblent pas toujours avoir vues ses interlocuteurs. Quoi qu’il en soit de la réception de cet ouvrage, le livre décrit avec bonheur la raison pour laquelle lessciences contemporaines ne permettent plus de penser que l’homme constitue cela même qui se définirait comme un surcroît au vivant, sous le seul prétexte que la vie sociale, culturelle et politique témoigneraient de cette capacité d’arrachement à son inscription naturelle. Pour ce faire, Schaeffer propose de reconstruire le présupposé sur lequel repose cette idée d’une humanité définie comme surcroîtpar rapport à son inscription naturelle, cette idée selon laquelle l’homme serait doté d’une propriété émergente ontologique « en vertu de laquelle il transcenderait à la fois la réalité des autres formes de vie et sa propre « naturalité ». Cette conviction, je propose de l’appeler la thèse de l’exception humaine (autrement appelée désormais la Thèse). » [2]

I°) Sens et intention de la démarchede Schaeffer

Une bonne partie de l’ouvrage va consister à reconstruire cette fameuse Thèse, qui ne correspond pas à la pensée d’un auteur en particulier bien que, nous le verrons, Descartes constitue probablement quelque chose comme le paradigme de cette Thèse, mais qui désigne le présupposé métaphysique fondant l’idée d’une exception humaine et que partageraient un très grand nombre dephilosophes dont Schaeffer retracera, dans les grandes lignes, les raisons pour lesquelles ces derniers adhèrent à la Thèse. La Thèse est donc quelque chose comme un « idéal-type » ainsi que le suggère Catherine Halpern [3], à condition de préciser que cet idéal type n’a aucune portée sociologique, et demeure profondément philosophique.

Une fois précisé le statut épistémologique de la Thèse dontSchaeffer se fixe comme objectif de révéler l’inanité, il convient d’en fixer les caractéristiques principales ; Schaeffer en retient trois, qui lui paraissent essentielles : 
  le refus d’adosser l’identité humaine à la vie biologique. 
  La dimension sociale de l’homme permettrait à ce dernier de s’arracher à la nature. 
  La culture constitue le lieu de l’identité humaine. Ainsi que le révèlentces trois caractéristiques majeures, il est certain que la Thèse n’existe pas comme telle dans une seule pensée ; ainsi, même chez Descartes qui sera conçu comme le paradigme même de la Thèse, on ne trouve pas l’idée que la culture soit le lieu de l’identité humaine ; ces caractéristiques éparses et non identifiables chez une philosophe en particulier, nous invitent donc non pas à chercher quiest visé, mais bien plutôt le présupposé idéologique structurant la Thèse : il est vrai que nous sommes habitués, héritiers du soupçon que nous sommes, à ne plus nous interroger sur le sens objectif des pensées, afin d’interroger exclusivement le qui es-tu au détriment du que dis-tu ? Schaeffer prend à rebrousse-poil cette manie héritée du soupçon et pousse le vice jusqu’à ne même plus se soucierde viser un auteur en particulier, comme si au fond le qui es-tu lui importait bien peu. Crime impardonnable à l’égard de la modernité, que ses détracteurs lui reprocheront, en essayant à tout prix d’identifier qui est visé par ses propos, créant ainsi un formidable décalage entre l’intention du texte et la réception qui en sera faite. Le présupposé donc qui structure les trois caractéristiques...
tracking img