La nuit

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  • Publié le : 27 septembre 2010
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en hommage à Greimas.
1. Bref résumé Dans La Nuit Cauchemar, un narrateur qui s’exprime à la première personne fait tout d’abord part de son amour passionné de la nuit, en général, qu’il oppose au jour lequel n’est pour lui que source de fatigue, de peine et de lassitude à tel point qu’il a l’impression de soulever sans cesse un écrasant fardeau. Ce n’est que quand le soleil baisse qu’il se sentrevivre. Il affirme ensuite que ce qu’on aime avec violence finit toujours par vous tuer, avant de faire le récit d’une nuit particulière qu’il ne réussit plus à situer clairement dans le temps, qui, après l’avoir ravi, a tourné au cauchemar et qui, depuis lors, n’a cessé de durer « puisque le jour ne s’est plus levé ».
A y regarder de plus près ce texte, l’on constate que la nuit y fait l’objetde trois descriptions successives, toutes faites du point de vue du même sujet-narrateur. C’est dans ces trois nuits et dans les états passionnels qu’elles suscitent chez ce dernier qu’il s’agit de voir plus clair.
2.a La nuit euphorique I Dans la première description, la nuit, objet de l’amour passionnée du sujet, est qualifiée de ténèbres, d’ « espace noir », de « noire immensité », « degrande ombre douce tombée du ciel », qui grandit et s’épaissit, qui « noie la ville, comme une onde insaisissable et impénétrable, cache, efface, détruit les couleurs et les formes, étreint les maisons, les êtres et les monuments de son imperceptible toucher. » On le voit, la couleur qui prédomine dans cette première description est le noir qui renvoie à la qualité propre à la nuit, à savoirl’obscurité, et nous verrons que certains de ces qualificatifs seront repris dans la description de la nuit cauchemardesque. C’est cette nuit-là qui n’en met pas moins le sujet dans un état intensément euphorique. En effet, « une joie confuse, une joie de tout son corps l’envahit », laquelle joie nous rappelle celle qui pénètre, puis saisit les Deux amis pendant leur pêche miraculeuse et que Greimas interprètealors comme correspondant à l’« état de transcendance qui résulte de la communication avec le destinateur », « de la participation du sujet à l’être de celui-ci», participation qui a pour résultat que le sujet « cesse d’être sujet pour se transformer en objet conjoint avec le destinateur »7. La nuit serait dès lors perçue dans notre texte comme le destinateur de la /Vie/ ou celui de la/Non-Mort/. Or, seule l’identification de la nuit avec le délégué du destinateur de la /Non-Mort/, nous semble-t-il, cadre avec la phrase dans laquelle le sujet « envahi par la joie » affirme qu’à la tombée de la nuit, il s’éveille, s’anime, se sent « plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux », ce retour à la vie, cette renaissance, s’opposant à la fatigue, à la lassitude qui l’investit pendant lejour.
Reste à savoir quel est le destinateur cosmologique dont la nuit est ici l’une des figures. La nuit est d’emblée qualifiée de « grande ombre douce tombée du ciel ». Elle se laisse ainsi analyser comme le délégué de la figure cosmologique dans laquelle Greimas avait identifié dans Deux Amis le destinateur de la /Non-Vie/8. La question est donc de savoir si tel est aussi le cas ici. Notonspour l’instant que trois des verbes désignant le faire de ce délégué céleste recouvrent des sémèmes susceptibles de faire l’objet de valorisations opposées: c’est le cas des verbes « envahir », « noyer » et « détruire », tous investis ici d’une valeur positive, puisque le premier désigne l’action exercée sur le sujet par la joie, le deuxième et le troisième respectivement celle exercée par « l’ombredouce tombée du ciel » sur la ville et sur les formes et les couleurs dont la disparition réjouit le sujet. Or, le premier de ces verbes signifie littéralement « occuper un territoire brusquement, en entier et de vive force » (Le Petit Robert), action qui s’apparente à un acte de guerre, le deuxième «asphyxier en immergeant dans un liquide », le troisième, enfin, avec ses parasynonymes tels...
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