La parole est-elle le meilleur moyen d'échanger des idées

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  • Publié le : 7 avril 2010
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Introduction problématique

En politique, lorsque la voie des négociations diplomatiques est coupée et que triomphe la voix des armes, il n'y a plus d'échange d'idées, seulement des échanges de coups ! Il semble donc qu'il y ait un lien essentiel entre la parole et le dialogue (qui étymologiquement signifie l'exploration du logos et l'enchaînement d'idées). Cependant, toute forme de prise deparole ne laisse pas les mêmes chances au débat. La parole a ses effets pervers. La joute oratoire cherche la victoire sur l'adversaire plus que le progrès dans la recherche de la vérité. Narcissisme ambitieux, flagornerie et flatterie démagogique s'autorisent tous les sophismes. L'éloquence charme et anesthésie pour un temps l'esprit critique. La parole est-elle donc le meilleur moyen d'échangerdes idées ?

Première partie


I(a) Le loup et l'agneau :
les sophismes de la colère et la faiblesse de la raison quand elle n'est pas soutenue par une force matérielle supérieure...
La fable de Jean de La Fontaine Le loup et l'agneau met en scène un loup qui parle et qui, par la parole, incrimine celui dont il veut faire sa proie. A son habitude, l'auteur parie sur l'effet pédagogique del'anthropomorphisme. Il dénonce ainsi tous les faux dialogues, ceux qui ne servent en rien à échanger des idées, mais à asséner des partis pris tout en prétendant les démontrer rationnellement...

Dans le discours du loup, Jean de La fontaine prend soin de multiplier toutes les aberrations logiques : ainsi, contrairement aux motifs allégués, l'agneau ne peut-il "troubler" le breuvage du louppuisque le ruminant se désaltère à plus de vingt pas en aval du carnassier..." Et que par conséquent, en aucune façon, [il] ne put troubler [sa] boisson " ! De même, l'agneau ne peut s'être "raillé" du loup l'an passé puisqu'il n'était pas né ! L'illogisme, de spatial, devient temporel...

Mais le loup ne désarme pas dans ses propos de mauvaise fois. Ses pulsions agressives lui dictent alors le plusvieux des sophismes de la colère : "Si ce n'est toi, c'est donc ton frère !" L'incrimination passera par la collectivisation de la faute : l'agneau va payer pour les autres, pour "les siens", pour tout ce que sa communauté - au sens le plus élargi - représente d'intérêts opposés aux prétentions du loup.

Tout le discours du loup vise à légitimer l'agression en la présentant commeintellectuellement justifiée. "On me l'a dit, il faut que je me venge..." Pourtant, à aucun moment du dialogue, le loup n'a véritablement été à l'écoute des arguments de son interlocuteur. Il n'y a eu, de la part du loup, aucun effort d'ouverture, ni a fortiori d'échange de point de vue. Contrairement aux apparences, le loup n'a pas pris la parole pour "dialoguer avec l'agneau", mais pour annoncer haut et fortle verdict que son humeur avait seule décrété, verdict qui pouvait, d'ailleurs, se déduire du simple déterminisme pulsionnel : le loup a faim, le loup est le plus fort ; tout le reste n'est que littérature ! (Entendons, ici, sophisme destiné à maquiller d'une apparence de légitimité la réalité d'un coup de force.)

La fable, Le Loup et L'agneau, est l'archétype de tous les "faux débats" où laparole la plus intelligente achoppe sur la réalité des rapports de force et ne parvient pas à l'emporter si elle n'est pas elle-même soutenue par une force matérielle supérieure.

Donc, contrairement à ce qu'une lecture rapide de la morale de la fable pourrait laisser croire : "La raison du plus fort n'est pas toujours la meilleure des raisons !" L'argumentaire du plus puissant des partis enprésence n'est pas forcément le plus logique mais c'est celui qui l'emporte parce que la"force des idées" (dès que le débat concerne des intérêts concrets) n'est pas essentiellement dans les idées, mais dans la force propre à ceux qui les soutiennent (puissance financière, capacité militaire, domination symbolique et prestige social...).


I(b) Illustration historique :
le procès Galilée et ses...
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