La parole et le silence dans la pièce fin de partie

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  • Publié le : 26 décembre 2010
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I/ Des paroles vident de sens.

Les personnages sont repliés sur eux-mêmes et ne s'écoutent donc pas les uns les autres, restant tous isolés. Le langage ne sert finalement qu'à combler un vide, le vide de la pièce, de sa signification, et quand quelqu'un prend finalement la parole, ses paroles sont vides de sens, sans rapport avec ce qui a été dit avant. La parole ne sert plus de communiquant.Les personnages apparaissent donc comme égoïstes et renfermés.
Les personnages de Beckett parlent, non parce qu’ils ont quelque chose à transmettre, mais seulement pour éviter de se taire. Leur langage est donc marqué à la fois par le vide et la peur. Il s’agit de se rassurer sur soi et sur le monde. Non d’exprimer une vérité. Cela voudrait donc dire que le langage n’est plus là pour signifiermais seulement pour combler le vide. Fin de partie met en scène des personnages en pleine déchéance, paralysés, raidis par l’approche de la fin. Cependant, ils continuent de parler, et même de raconter des histoires, car la parole est pour eux le seul moyen d’échapper au silence et à un temps qui n’en finit pas de s’étirer.

1. UNE LANGUE SIMPLE :
Si l’on excepte les laborieux efforts de Hammdans son “roman” où la langue est plus recherché, celle de la pièce a une phrase peu élaborée : la pièce est fondée sur une succession de micro-dialogues dominés par :

-des phrases souvent très courtes (les subordonnées sont rares), parfois réduites à un mot et fréquemment consacrées à l’interrogation ou l’ordre à l’impératif.

-des énoncés qui relèvent d’un parler quotidien figé : “c’est commeça”(p.23), “la vie continue”(p.87), “tu vas fort”(p. 23)

-certaines phrases essentielles se résument à deux mots : ça avance...(p.27)

-regardez les phrases nominales de la p.90 ‘Un rat! Des pas !’ etc.

-vers la fin, un mot à l’infinitif suffit comme si l’effort était trop important pour en dire plus. Par ailleurs un mot a tendance à résumer tout : zéro.

-la syntaxe est pauvre voirefautive si l’on se réfère au bon usage dont Beckett se moquait: ainsi l’interrogative “on est quel mois?” n’est en principe pas correcte.

2. UNE PAROLE AU FONCTIONNEMENT ÉTRANGE

-laissons de côté les problèmes de surdité ( Nell/Nagg)
-les locuteurs cherchent leurs mots ( p.104; p.110 etc.) ou hésitent à les prononcer : les points de suspension sont omniprésent(ainsi le célèbre passage p.48).-certaines répliques font rire mais prouvent un manque d’attention à ce que dit l’autre :
Hamm - Tu n’en as pas assez?
Clov - Si !(Un temps)De quoi ? (Ce gag revient avec Nell.)

-les malentendus ne manquent pas : quiproquo sur le mot ‘naturellement’ p.38; il est évident qu’il y a page 53 une équivoque due au double sens d’’achever’ ( achever quelqu’un / achever une œuvre : on nepeut achever l’être humain imparfait)

On entend dans le dialogue des équivalences troublantes ; Les personnages de Beckett peuvent dire à une seconde d’intervalle deux choses contradictoires souvent reliées par « alors » : prenez pour exemple la p.23:

Hamm - La nature nous a oubliés.
Clov - Il n’y a plus de nature (...)
Hamm - Mais nous respirons, nous changeons! Nous perdons nos cheveux,nos dents ! Notre fraîcheur ! Nos idéaux !
Clov - ALORS elle ne nous a pas oubliés.
Hamm - Mais tu dis qu’il n’y en a plus.
Clov(tristement) - Personne au monde n’a jamais pensé aussi tordu que nous.

(cf encore p 53): -Alors je vous quitterai / ALORS je ne vous quitterai pas. Entendons qu’une phrase coexiste avec son contraire sans qu’aucune des deux ne l’emporte.

II.Un silenceomniprésent
Dans les didascalies proliférantes, le silence semble envahir l’espace scénique, au point de se transformer en actant. Beckett semble chercher à faire entendre littéralement le silence : « un long silence se fit entendre » dit Hamm de manière paradoxale, avec l’association des termes antithétiques silence/entendre p. 69. Il a y a surtout quatre cents didascalies « un temps » qui deviennent...
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