"La pierre qui pousse", l'exil et le royaume, camus

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1712 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 23 mai 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Albert Camus, journaliste, écrivain, philosophe et surtout grand humaniste a publié en 1957 un recueil de six nouvelles intitulé L'Exil et le Royaume. Ce recueil s'inscrit dans le cycle de la mesure qui suit ceux de l'absurde et de la révolte. L'extrait de la nouvelle "La pierre qui pousse" dont nous allons tenter l'étude se trouve aux trois quarts du récit qui, lui-même, est situé à la fin durecueil. Ce texte met en scène un ingénieur français, d'Arrast, dont nous savons peu de choses si ce n'est qu'il est au Brésil pour construire une digue qui va éviter "l'inondation périodique des bas quartiers" d'Iguape, village où se situe l'action. Nous savons aussi ou plutôt nous croyons deviner qu'il a laissé derrière lui quelqu'un ou quelque chose, peut-être même les deux. Nous apprenons qu'ilest "seul". Au moment où débute notre étude, d'Arrast a été obligé de sortir d'une case où il assistait à un début de cérémonie de danses, en l'honneur de Saint Georges, qui précède la procession de la fête de Jésus, le jour suivant. Nous pouvons nous demander de quels ordres sont les sentiments de d'Arrast et par quel cheminement il va passer du statut d'exilé, dans lequel il se sent, à un aperçude la voie qui peut le mener vers l'espoir d'un Royaume. Pour cela, nous allons examiner comment l'organisation du récit nous montre le mal-être du protagoniste, puis son rejet global de ce qui l'entoure pour terminer par une prise de conscience et un début d'acceptation de tout ce qu'il rejetait auparavant.

L'emploi des temps imparfait et passé simple nous montre que le texte est sur le modenarratif dans lequel s'inscrivent des descriptions de l'environnement de d'Arrast et de ses pensées. La connaissance de ses pensées et de ses sensations physiques nous montre l'omniscience du narrateur Camus. Le protagoniste a des perceptions olfactives : il sent que "la nuit [est] pleine d'odeurs fraîches et aromatiques" ; visuelles "les rares étoiles du ciel austral, […] [luisent] faiblement" ;auditives "la forêt [gronde], "le bruit du fleuve [grandit]".
Toutes ces sensations concourent au malaise qui l'étreint au sortir de la case dans laquelle, déjà, il étouffait. D'Arrast se sent oppressé, "l'air humide [est] lourd" bien qu'"il [semble] d'une délicieuse fraîcheur". Cette antithèse même des mots "lourd" et "fraîcheur" participe à son malaise. Tout comme la "brume invisible" quil'empêche de voir nettement le ciel et obscurcit encore plus la nuit dans laquelle il est plongé, l'accable peut-être davantage.
L'emploi répétitif de l'adjectif qualificatif "grand" dans "la tristesse de ses grands espaces", les "grands fleuves déserts" et "cette terre était trop grande", nous montre un homme seul dans un pays, au milieu d'une nature qui paraît hostile avec "[ses] chemins troués","[sa] forêt [qui gronde]", "le bruit du fleuve [qui grandit]" et même avec l'émergence du "continent tout entier".
Le début du texte nous donne un vaste aperçu de la nature sans qu'elle soit véritablement détaillée. Nous la survolons même puisque nous voyons "les rares étoiles du ciel austral [au-dessus de la forêt]. Puis soudain, par un effet de zoom avant, nous redescendons vers la terre etfocalisons notre attention sur d'Arrast qui, avec peine, "[remonte] la pente glissante, […] comme un homme ivre dans les chemins troués" donnant l'impression qu'il fuit, abandonnant derrière lui case, cérémonie et nature oppressante. Cette fuite est marquée par le champ lexical des verbes remonter, gagner et trébucher. D'ailleurs, ces désagréables sensations, renforcées par l'emprisonnement textuel ded'Arrast entre deux descriptions de la nature environnante, montrent bien cette impression d'étouffement, ce mal-être qu'il ressent. L'ensemble de ces déplaisantes sensations l'amènent à rejeter en bloc tout ce qui l'entoure et jusqu'au pays même.

D'Arrast, comme écrasé par toutes les pénibles sensations préalablement décrites, est pris d'une sorte de malaise physique qui se traduit par le...
tracking img