La plaine verhaeren les villes tentaculaires

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  • Publié le : 21 avril 2011
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La Plaine

Les strophes de « La Plaine » nous font suivre le parcours d’un regard attentif aux transformations de la campagne en un espace industriel.

I.) Observation des changements affectant la nature

a.) Le parcours du regard

Le champ de vision est d’emblée entièrement occupé par l’image de la plaine ; le titre au singulier repris en anaphore et l’énumération au pluriel desdifférents lieux s’étirant sur un enjambement nous font survoler la plaine dans une vision panoramique, « … avec ses clos, avec ses granges/ Et ses fermes ». La reprise du premier hémistiche « La plaine est morne » à la fin du quatrain joue sur l’homophonie : « La plaine est morne et morte ». Le survol en plan général de la plaine uniforme nous introduit dans un espace irrémédiablement mort. À ce mouvementpanoramique du regard se superpose, dans la quatrième strophe, une autre vision qui efface l’image de la plaine : le passé lumineux « où s’étageaient les maisons claires/ Et les vergers et les arbres parsemés d’or » disparaît sous un sombre présent qui vient recouvrir et obscurcir la totalité de l’espace : « On aperçoit, à l’infini, du sud au nord, / La noire immensité des usines rectangulaires.». La vision, préparée dès la troisième strophe par la dégradation de la lumière d’ « un soleil pauvre et avili », se poursuit dans un mouvement d’expansion « vers la rivière » (v.25), « au long des fossés » (v.32). Les cinquième et sixième strophes, s’allongeant respectivement sur seize et dix neuf vers, peignent un sombre tableau avec ses « meules nocturnes » (v.21) et ses « berges obscures »(v.32) avant la plongée au cœur de ses usines noires. Le regard pénètre alors dans l’univers du travail « sous des hangars tonnants et lourds » (v.34), circule « pièce par pièce, étage par étage » (v.40), découvre la présence des « gens » au labeur, puis s’arrête en gros plan sur « des gouttes de sang » (v. 52).

b.) Le réalisme descriptif

La réalité de l’exode rural s’inscrit dès l’ouverturedu recueil dans l’abandon par leurs habitants des fermes « dont les pigeons sont vermoulus » (v.2) et l’abandon par les paysans des terres cultivables livrées à « l’ortie (qui) épuise au cœur les sablons et les oches » (v.29). L’emploi de termes prosaïques (qui relève de la réalité commune, plate et vulgaire.) à tonalité dépréciative témoigne de l’impact négatif de l’activité industrielle sur lacampagne : aux blés et aux vergers du passé (strophes 2 et 4) s’est substitué un paysage souillé où « l’égout charrie une fange velue » (v.24), et l’agonie de la plaine contaminée par la pollution se mesure à travers la prolifération des « fumiers » et des « résidus » dressant « des monuments de pourriture » (v.30 et 33). La description adopte un registre naturaliste quand le poète énumère d’unton quasi documentaire les déchets qui dégradent le paysage : « -Ciment huileux, plâtras pourris, moellons fondus-›› (v.31). Dans cet alexandrin au rythme ternaire, la reprise des masses bisyllabiques vient marteler l’arrêt de mort irrévocable de la campagne. De la vision extérieure à la vision intérieure, Verhaeren montre le processus d’industrialisation du monde contemporain et les réalités desindustries sidérurgiques et textiles : implantation des usines près des cours d’eau dans un réseau d’égouts, rivières, fossés et berges (strophe 5), conditions de travail harassantes de nuit comme de jour, environnement dominé par le fer et l’acier, rythmes imposés par les claviers, les fuseaux (strophe 6) : tel est le tableau du monde moderne.
Le circuit du regard adopté par le poète est donc àla fois spatial et temporel, la description panoramique de l’expansion des usines, à l’entrée du recueil, est un adieu à l’âge d’or de la vie aux champs, et Verhaeren fait entrer en poésie tout un pan de la réalité sociale de son temps.

II .) La transfiguration du réel

a.) Les signes de la monstruosité

Le caractère monstrueux que le titre confère à l’extension des villes est exploité...
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