La poesie est une maniere de fuir la realite ou de s en approcher

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  • Publié le : 13 décembre 2010
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Le danger consiste à saisir son œuvre de façon réaliste. L'excès contraire est également redoutable, car il est dangereux de situer son œuvre hors de tout contexte réel. Ce serait d'ailleurs ignorer l'aspiration du surréalisme qui est, entre autre de rechercher, et de mettre en valeur la surréalité du réel. Nous allons voir comment Gracq part du réel, grâce à son sens de l'observation, grâce àson goût pour l'étrange. Le franchissement de la frontière que nous avons constaté entre le réel et l'extraordinaire dans le domaine du style, n'est qu'un reflet du franchissement entre le rêve et la réalité que nous allons découvrir au niveau de la construction d'un roman. Nous prendrons pour exemple Le Rivage des Syrtes, dont certains événements prennent leur élan dans la réalité. Grâce aurapprochement de deux textes de Julien Gracq, nous pourrons constater combien est grand son pouvoir de l'imaginaire et en quoi réside son impact sur le récit. Le Rivage des Syrtes (81) est le plus long des romans de Julien Gracq, à ce jour, il est certainement le plus célèbre, puisqu'il fut l'objet du Prix Goncourt en décembre 1951. La célébrité tomba soudainement sur ce "surréaliste" dont le nom étaitseulement connu d'un certain public restreint mais amateur de nouveautés et de belle prose (83). Julien Gracq n'est pas seulement " un surréaliste qui écrirait comme un professeur" (84) mais un surréaliste qui a la maîtrise de sa langue et de son imagination pour mieux mettre en lumière les magies d'une aventure surréaliste. Le Rivage des Syrtes classique dans sa présentation en douze chapitres etdans son récit à la première personne, a pu dérouter par sa longueur, par l'attente d'un événement dont nous ne voyons même pas les conséquences. En effet le lecteur reste sur sa faim. L'écrivain est lui-même conscient de ce non-achèvement. "Et Le Rivage des Syrtes jusqu'au dernier chapitre marchait au canon vers une bataille navale qui ne fut jamais livrée" (85). Le seul acte réel du roman est lefranchissement par le navire d'Aldo de la ligne de démarcation entre deux pays en état de guerre froide, depuis trois cents ans : La Seigneurie d'Orsenna et le Farghestan. La division en douze chapitres permet d'imaginer une parabole dont les six premiers chapitres seraient la ligne ascendante et les six derniers, la ligne descendante. L'acte irrémédiable qui est la croisade d'Aldo, se situe auchapitre neuf. Il est la conséquence d'une lente préparation qui pique la curiosité d'Aldo et du lecteur. L'accumulation des faits étranges : l'envoi d'Aldo sur le front des Syrtes, la découverte des cartes que recèle jalousement une pièce de l'amirauté, l'ambiguïté du personnage de l'Amiral Marino, l'investigation d'Aldo dans les ruines de Sagra, le bateau fantôme sur la mer calme et déserte, etenfin le personnage de la Princesse Aldobrandi, Vanessa (86) qui ne paraît pas étrangère à tout ce qui se passe d'inquiétant dans le récit.

Au milieu du roman l'action prend une autre vitesse : Vanessa Aldobrandi amorce le deuxième versant en entraînant Aldo dans l'île de Vezzano (87). Le temps s'accélère, le rythme se précipite, Aldo est sur la pente, mais il n'est pas seul : Vanessa est là,figure énigmatique et attirante. Le peuple de Maremma s'agite car il se souvient de ses grands exploits. L'odeur du soufre s'exhale de St Damase dans la nuit de Noël. Le religieux qui prononce le violent sermon de Noël pousse en quelque sorte Aldo à faire l'acte irrémédiable, il maudit en effet le Sommeil, l'Enlisement. Il semble envoyé de là-bas "il portait la robe blanche des couvents du Sud"(88). Et Aldo pense alors : "Je compris que le temps des prophètes était revenu" (89). Les trois derniers chapitres remettent en ordre la vie à l'amirauté. Le Farghestan se manifeste ouvertement par la visite de son envoyé à Aldo. Vanessa fait bien comprendre à Aldo qu'elle tient plus à Orsenna qu'à lui. Les vieux meurent ou disparaissent, Carlo, Marino. Quant au vieux Danielo il explique à Aldo :...
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