La police des foules

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  • Publié le : 12 août 2011
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La police des foules

Depuis la fin des années soixante-dix, il semble que le recours à la rue se soit institutionnalisé : y recourir est devenu de plus en plus banal, pour de plus en plus de gens et dans des milieux de plus en plus divers. Très logiquement, cette routinisation s’accompagne d’une pacification tendancielle des conflits. Ainsi, l’image d’Épinal de la police s’opposant auxmanifestants fausse-t-elle la perspective. De manière générale, les manifestants coopèrent avec la police, s'assemblent sur le lieu prévu à l'avance, défilent le long d'un itinéraire négocié et se dispersent pacifiquement quelle que soit l'issue de leur action. Aussi bien, les recherches sur le maintien de l’ordre soulignent le passage plus ou moins avancé de stratégies policières coercitives à unestratégie de persuasion, de négociation permanente et l’application souple de la loi. Dans ce processus d’euphémisation des modes d’intervention, l’évolution technique des matériels et des tactiques a joué un rôle important. C’est une évolution ambivalente cependant, car les transformations du maintien de l’ordre ont été et sont encore d’abord impulsées par les modifications des stratégies manifestanteset politiques. Aussi l’actuelle pacification de la rue ne doit-elle pas être considérée comme acquise, ce qu’illustre bien la manière dont les États ont cherché à adapter leur doctrine et leurs pratiques face à la multiplication des manifestations altermondialistes et à la répétition des situations d’affrontement.

Caractéristiques institutionnelles et styles de police
Il est d’usage dans larecherche comparée sur le maintien de l’ordre de distinguer deux grands styles de maintien de l’ordre, avec d’un côté, un style opportuniste, tolérant, souple, sélectif et flexible et, de l’autre, un style légaliste, répressif, musclé, diffus et dissuasif. Ce dernier implique généralement la répression, un faible recours au marchandage, une application rigide et réactive de la loi et, parfois, lerecours aux agents provocateurs. Le style « souple » renvoie plutôt à la tolérance de la plupart des activités de protestation, un usage de la force en dernier recours et un développement de la prévention et de la négociation avec une application flexible de la loi (Della Porta et Fillieule, 2004). Les recherches les plus récentes sur les pays européens montrent toutefois une certaine unificationdes manières de faire.
En Grande-Bretagne, la police a progressivement adopté le modèle militarisé à la française pour répondre aux émeutes des années 1980 et aux grèves de mineurs. Sur le continent, à l’inverse, on note une acceptation grandissante des formes d’action protestataires et un mouvement vers une police plus souple mais néanmoins sélective. Au total, dans la période contemporaine,l’on peut dire que le maintien de l’ordre se caractérise de trois manières. Une certaine sous-application de la loi, la volonté de transiger et de négocier nécessitant une certaine tolérance de l’illégalisme (Favre, 1993). La pratique du marchandage, marquée par le développement des techniques de négociation et le rôle croissant des agents de liaison entre manifestants et forces de l’ordre, tandisqu’un système sophistiqué d’autorisation s’est développé aux Etats-Unis. L’extension et la sophistication du recueil d’informations enfin.
Si ces tendances semblent profondes et générales, les modes de gestion restent sélectifs et différenciés en fonction de la perception des groupes manifestants par les autorités. Le « traitement » des groupes manifestants par les autorités n’est bien entendu pashomogène, qu’il s’agisse des autorités politiques ou des forces de l’ordre sur le terrain. Il est donc pertinent de mettre en rapport le degré de répression policière avec les caractéristiques des manifestants et les consignes du politique si l’on veut dépasser la vision hypostasiée d’un maintien de l’ordre s’appliquant de manière indifférenciée à tous les groupes.
Les critères d’appréciation...
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