La politique en danger de perdre le sens

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La politique en danger de perdre le sens Paris le 23 avril 2007
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>Nous attachons tous une importance primordiale au sens à donner à
>nos vies. Pour la grande majorité des gens, la tête et le cœur
>l'emportent sur le ventre. La culture, l'art, le langage, les
>signes, cet univers symbolique qui nous distingue de la vie animale
>est ressenti par nous tous comme notre plus granderichesse. Dans
>les champs de coton, pour ne pas s'effondrer dans la soumission, les
>esclaves déportés d'Afrique inventent le blues. Ils créent ainsi les
>conditions de leur grandeur et notre humanité à tous s'en trouve
>élargie. Personne n’échappe à cette urgence. On pourrait donc penser
>que parmi la foison des besoins sociaux auxquels les programmes
>politiques nous promettent derépondre au mieux, ces questions
>viennent en premier. C'est souvent l'inverse.
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>La pensée conservatrice a une explication : il ne s'agirait pas
>d'enjeux politiques, mais de questions privées. Pour la pensée de
>gauche, l’appropriation par le plus grand nombre de l’héritage
>culturel et de la création artistique est au contraire souvent
>considérée comme un objectif social etpolitique. Cette option a
>joué un rôle déterminant dans l'élaboration de l’institution
>culturelle publique. Celle-ci naît en un temps où les classes
>populaires sont habitées par une vive espérance d'émancipation.
>Beaucoup de familles ouvrières croient dans l'élévation culturelle
>de leurs enfants. Le père, qui ne va pas au théâtre, envisage d'un
>bon œil que son fils ou sa fille accèdent unjour à cet art. Les
>villes ouvrières s'enorgueillissent de leur bibliothèque, de leur
>école de musique, de leur maison de la culture placées au coeur de
>la cité comme des flambeaux de l'émancipation humaine. Certes, leur
>fréquentation touche principalement la partie du peuple la mieux
>dotée, mais une dynamique est amorcée.
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>Elle se casse au début des années 90. Une poignée defirmes
>capitalistes à logique financière prend la main sur la production et
>la distribution des biens culturels. Les formes de la consommation
>contaminent l’accès à la culture. Beaucoup de messages sont émis non
>plus d’abord pour ce qu’ils disent, mais pour ce qu’ils rapportent.
>L’idée qu’il n’existe plus un langage commun fiable se répand. On
>s’en console par communautés. Laparole politique est emportée dans
>ce discrédit. L’Etat, happé par les logiques libérales, se
>désengage.
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>Et puis, comme souvent dans son histoire, l'identité française s'est
>remise à bouger. La partie la plus populaire du peuple a désormais
>des liens forts avec les civilisations des parties dominées du
>monde. Mais que connaissons-nous vraiment des histoires, des
>religions, desgrandeurs de ces nouveaux héritages qui s’ajoutent à
>notre histoire commune ? Comment nous saisir de cette richesse sans
>laquelle une part de nous-mêmes est réduite au silence ou aux cris ?
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>Pris dans ces bouleversements, l'appareil culturel public se trouve
>placé sur la défensive. Il lui faut à juste raison se protéger
>contre la concurrence du marché, contre le populisme. Maisprivé de
>sa dynamique, son image démocratique se brouille. Il apparaît de
>plus en plus, à tort ou à raison, comme fait par et pour les couches
>privilégiées de la population. Au même moment, loin de l'institution
>montent dans les couches populaires, et notamment dans la jeunesse,
>des univers de sens et de signes à travers lesquels se manifeste de
>façon autonome ce besoin le prendrela parole... Nous croyons que
>l’articulation de ces deux sources de culture est seule de nature à
>rendre au peuple une voix suffisamment puissante pour contrer
>efficacement les diverses oligarchies qui nous préfèrent toujours en
>troupeaux désunis.
>
>C’est une urgence, parce que les besoins symboliques sont criants,
>surtout dans les quartiers populaires. Faute de mots pour se...
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