La population carcérale en europe

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  • Publié le : 21 mars 2011
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La population carcérale en Europe
(France, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne)

« Traitements inhumains ou dégradants. » C’est la condamnation dont a écopé la France par deux fois jeudi 20 janvier 2011, devant la Cour européenne des droits de l’homme. En 2005 puis en 2008 deux commissaires européens aux droits de l’homme avaient déjà montré du doigt les prisons « les pires d’Europe ». Engénéral, les prisons européennes gèrent mal leur population carcérale. Parce que cette dernière évolue et perd sa structure, parce que les juges condamnent plus et parce que les prisons débordent. La France n’a donc pas l’apanage des mauvais traitements et, à des degrés différents, les prisons européennes font toutes face aux mêmes problèmes. Comment la population des prisons évolue-t-elle ? Pourquoiles conséquences sont-elles désastreuses ?
Il ne s’agira pas ici de dresser un portrait exhaustif des populations carcérales européennes, mais de s’appuyer sur les nombreux rapports produits pour dégager des tendances et des évolutions en analysant les réponses différentes données par cinq pays représentatifs. Les statistiques utilisées proviennent du rapport des Statistiques pénales annuelles duConseil de l’Europe (SPACE) daté de 2008. S’il existe des chiffres plus récents, ils ne sont pas encore fixés, donc utilisables avec parcimonie.

I/ Une population de plus en plus hétérogène

Le prisonnier européen moyen est un homme (à 95%) de plus de 35 ans condamné pour une peine de 1 à 5 ans (à 64%) [1]. Néanmoins depuis les années 80, cette population a perdu sa structure et chaqueévolution a engendré sa part de dysfonctionnements.

A/ Trois nouveaux types de détenus sont apparus en 30 ans

Les prisons européennes sont occupées par des condamnés pour vol (31%), agression et meurtre (20%) ou trafic de drogue (15%) [1]. Mais alors qu’elles étaient autrefois structurées autour du grand banditisme, elles accueillent désormais une population de détenus, prévenus et condamnés,constituée pour sa plus grande part de délinquants sexuels, de malades relevant de la psychiatrie et d'auteurs d'infractions à la législation sur les stupéfiants.

1/ Les « pointeurs »

Sous le nom de « pointeurs » se retrouvent les condamnés pour viol et affaires de mœurs. Cette catégorie a connu une véritable explosion au cours des 30 dernières années. En France, les condamnés pour viols etabus sexuels représentent plus de 16% des détenus, le chiffre passe à 20%, si on ajoute toutes les affaires de mœurs [2]. Il était de 5% il y a 30 ans (Voir tableau). L’augmentation est moins due à une augmentation du nombre de délits qu’à la chute d’un tabou : aujourd’hui, les viols dans le cercle de la famille donnent lieu à des plaintes.
Ostracisée, la population des « pointeurs » estméprisée des autres détenus, ce qui force les établissements à les tenir à l’écart, ou à tolérer des scènes de lynchage quotidiennes. Toutefois, les pointeurs ne sont pas majoritaires dans toutes les prisons d’Europe : en Espagne, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, les condamnés pour viols et abus sexuels représentent entre 6% et 10% de la population carcérale [1].

2/ Les toxicomanes

Lestoxicomanes sont la seconde composante essentielle des établissements pénitentiaires européens. Difficilement quantifiables, ils peuvent rassembler différents types de condamnés, dont les meurtriers, les assassins et les voleurs. Pour le docteur Roland Broca, expert judiciaire auprès du Parquet du Tribunal de Grande Instance de Paris, près de 20 % des détenus français sont inculpés directement pourinfraction à la législation sur les stupéfiants, tandis que 20% à 30% des autres détenus sont incarcérés pour des délits liés à l'usage ou à l'obtention de drogues. Au total, près de 40.000 toxicomanes, réguliers ou occasionnels, entreraient chaque année dans les prisons françaises, soit environ un quart de la population toxicomane française [2]. Le « mélange » serait explosif : particulièrement...