La question 'qui suis je' admet elle une réponse exacte?

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  • Publié le : 3 octobre 2009
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Introduction
Sans doute un enfant peut-il, à partir d'un certain âge répondre spontanément à la question "Qui suis-je?" (en fait suscitée par un "Qui es tu?") : il énumère ses nom et prénom, ceux de ses parents, la liste de ses frères et soeurs, il peut même mentionner son adresse, ou décrire rapidement l'habitation familiale... Mais il est innocent: il ne perçoit pas encore la complexité de son"je", et se contente d'un repérage en quelque sorte extérieur, par des indices objectifs. Pour un adulte, et plus encore un philosophe, la réponse à cette question est autrement complexe - d'autant plus si l'on attend qu'elle soit "exacte".

I) Apports de l'auto-analyse

A. Une question tardive

Lorsque Socrate recommande de se connaître soi-même, il n'a pas encore en vue de répondre à laquestion "Qui suis-je?". Se connaître au début de la tradition philosophique, c'est d'abord se repérer comme homme: savoir de quoi l'on est capable, jusqu'où on peut aller, quelles sont les valeurs que l'on doit défendre. En d'autres termes: n'être (et se savoir) ni animal ni divin, prendre la mesure de l'humanité moyenne en fuyant l'ubris (démesure ou violence). Le "je" subjectif n'est pas encause, parce que la conscience socratique est d'abord à portée morale.

B. Du "Que?" au "Qui?"

Se définir comme homme - et quel que soit le sens que l'on donne à ce terme-, c'est davantage répondre à un "Que suis-je?" qu'à un "Qui suis-je?". Saisir la spécificité du "qui" implique la conscience d'une singularité , d'une unicité peut-être. L'analyse de ce "je", lorsqu'elle est instaurée dansles Confessions de Saint Augustin, apparaît aussitôt comme longue, sinon interminable. Qu'il s'agisse des Essais de Montaigne ou des Confessions de Rousseau, les textes sont copieux, parce qu'il faut tenir compte de l'évolution du "je". De surcroît, ce "je" paraît éminemment mobile: c'est le va-et-vient de Montaigne de l'épicurisme au stoïcisme, c'est la façon dont Rousseau essaie de débusquer,derrière chacun de ses sentiments, des causes éventuellement lointaines et des retentissements d'abord inaperçus.

C. Le journal interminable

La durée de l'exploration se confirme dans tous les journaux intimes: plus un sujet tente de se cerner pour se définir avec quelque précision, plus il s'engage dans des voies tortueuses, relativement auxquelles tout évènnement nouvellement vécu introduitsans cesse de nouvelles perspectives (tant que dure l'existence de celui qui s'analyse, en sorte qu'on peut demander si la démarche n'est pas par nature condamnée à l'échec).

II) Le cogito

A. Un enseignement modeste

Plus radicale paraît l'attitude cartésienne, mais peut être est-elle, en dépit de la certitude qu'elle procure, moins riche en enseignements. En effet, le cogito me révèlebien ma nature fondamentale de "substance pensante", mais il n'explore en rien, par lui-même, ma subjectivité. Au point qu'on peut considérer qu'il m'enseigne davantage que, ou ce que je suis, que, plus précisément, qui je suis. Sans doute peut on considérer qu' être substance pensante est commun à tous les "je" différents, puisque la démarche initiée par Descartes s'accompagne de l'invitationfaîte à chacun de la répéter, mais c'est précisément cette différence qui intrigue et qui demande à être précisée, parce que c'est elle qui fonde la singularité du "je", alors que le cogito la considère comme accessoire.

B. Les sciences humaines

Puisqu'il s'agit d'obtenir une réponse "exacte", pourquoi ne pas s'appuyer sur les apports qu'offriraient certaines disciplines scientifiques? Lapsychologie décrit comportements et fonctions mentales. Mais des descriptions, si elles sont scientifiques, sont universelles: je pourrais dons savoir de quoi ou comment je suis fait, mais certainement pas ce qui me revient singulièrement dans les fonctionnements qu'elle décrit: mon "je" est en fait noyé dans une moyenne qui le dissimule. La sociologie invite au même constat : je sais que je vis dans...
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