La question du principe

Pages: 11 (2737 mots) Publié le: 3 février 2011
La question du principe : fondement ou limite de la raison.

"Monsieur,
L'espérance que j'ai d'être bientôt à Paris est cause que je suis moins soigneux d'écrire à ceux que j'espère avoir l'honneur d'y voir. Ainsi il y a déjà quelque temps que j'ai reçu celle que vous avez pris la peine de m'écrire; mais j'ai pensé que vous ne vous souciez pas fort d'avoir réponse à la question qu'il vous aplu m'y proposer touchant ce qu'on doit prendre pour le premier principe, à cause que vous y avez déjà répondu mieux que je ne saurais faire. J'ajoute seulement que le mot de principe se peut prendre en divers sens, et que c'est autre chose de chercher une notion commune, qui soit si claire et si générale qu'elle puisse servir de principe pour prouver l'existence de tous les êtres, les entia, qu'onconnaîtra par après; et autre chose de chercher un être, l'existence duquel nous soit plus connue que celle d'aucuns autres, en sorte qu'elle nous puisse servir de principe pour les connaître. Au premier sens, on peut dire que impossibile est idem simul esse et non esse est un principe, et qu'il peut généralement servir, non pas proprement à faire connaître l'existence d'aucune chose, maisseulement à faire que lorsqu'on la connaît, on en confirme la vérité par un tel raisonnement : est impossible que ce qui est ne soit pas; or je cannois que telle chose est, donc je cannois qu'il est impossible qu'elle ne soit pas. Ce qui est de bien peu d'importance, et ne nous rend de rien plus savants. En l'autre sens, le premier principe est que notre âme existe, à cause qu'il n'y a rien dontl'existence nous soit plus notoire. J'ajoute aussi que ce n'est pas une condition qu'on doive requérir au premier principe, que d'être tel que toutes les autres propositions se puissent réduire et prouver par lui ; c'est assez qu'il puisse servir à en trouver plusieurs, et qu'il n'y en ait point d'autre dont il dépende, ni qu'on puisse plus tôt trouver que lui. Car il se peut faire qu'il n'y ait point aumonde aucun principe auquel seul toutes les choses se puissent réduire; et la façon dont on réduit les autres propositions à celle-ci, impossibile est idem simul esse et non esse, est superflue et de nul usage ; au lieu que c'est avec très grande utilité qu'on commence à s'assurer de l'existence de Dieu, et ensuite de celle de toutes les créatures, par la considération de sa propreexistence.(...)"
Lettre de Juin - Juillet 1646 à Clerselier.

Lorsque Descartes définit la philosophie dans la « Lettre-préface » des Principes de la Philosophie il la rattache directement à l’étude des principes :
«  ce mot philosophie signifié l’étude de la sagesse, et (…) par la sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l’hommepeut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts ; et (…) afin que cette connaissance soit telle, il est nécessaire qu’elle soit déduite des premières causes, en sorte que pour étudier à l’acquérir, ce qui se nomme proprement philosopher, il faut commencer par la recherche de ces premières causes, c’est-à-dire des principes ; et queces principes doivent avoir deux conditions : l’une, qu’ils soient si clairs et si évidents que l’esprit humain ne puisse douter de leur vérité ; l’autre que ce soit d’eux que dépende la connaissance des autres choses, en sorte qu’ils puissent être connus sans elles, mais non pas réciproquement elles sans eux… »

Pour commencer en philosophie, il faut donc avant tout rechercher les premiersprincipes et entreprendre à partir d’eux la déduction de toutes les connaissances qui en dépendent.
Mais il faut faire attention au fait que l’accent est mis sur la connaissance des choses par les idées de l’esprit – qui trouve en lui les principes de cette connaissance – et non des choses considérées comme des absolus. Premier, ici, n’est pas à entendre dans un sens ontologique ou cosmologique...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Laïcité, un principe remis en question
  • Question 11 – Quels sont les principes et modalités de contrôle de l ex par le banquier de son activité Commerciale ?
  • Principe
  • Les principes
  • Principe
  • Principes ses
  • Principe
  • Question 7 : quels principes posés par la cnil les banques doivent elles respecter dans l’alimentation de leurs fichiers...

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !