La république

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  • Publié le : 5 décembre 2008
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Sujet : Jean Giraudoux a pu dire du théâtre : « C’est très simple, cela consiste à être réel dans l’irréel. » Pensez-vous que cette affirmation puisse convenir à la fois à un certain théâtre et à d’autres genres littéraires ? »

Introduction

Quels rapports l’art entretient-il, malgré toutes les conventions qui le structurent, avec le réel ? Cette question fait remonter aux premières théoriesartistiques énoncées par les Grecs, lorsque Platon chasse les poètes de la cité parce qu’ils mettent en scène de puissants tyrans et que ces représentations artistiques peuvent induire en erreur les citoyens ; ou lorsque le même Platon élève le peintre Zeuxis au premier rang parce que les oiseaux, rapportait une fable, venaient picorer les grains de raisin qu’il dessinait. L’art est-il unemimesis, comme le disaient les Grecs, une imitation du réel ? Ou le réel présent dans l’art est-il le fruit de rapports infiniment plus complexes que la simple copie ?
Le théâtre, selon Giraudoux, se débat entre deux écueils, le réel et l’irréel : « C’est très simple, cela consiste à être réel dans l’irréel. » Cette réflexion faite sur le genre théâtral peut aisément s’applique à tous les genreslittéraires. L’art est évidemment fait d’irréel, il n’est pas besoin d’y insister longuement : personnages qui n’ont de chair que celle que le papier leur confère, cohérence dramatique de leurs destins, langue écrite et non parlée, en vers, etc. Mais au sein de cet irréel, il peut exister une apparition du réel, et, selon Giraudoux, c’est ce qui fait la valeur de l’art.
Comment, donc, le réel peut-il semanifester dans l’irréel, et comment ce mélange confère-t-il précisément sa valeur à la littérature ? On examinera trois points de rencontre entre réel et irréel : en premier lieu l’irréalité permet de conférer un poids spécifique aux apparitions du réel par un système de contrepoint ; elle peut également renvoyer au réel par un travail critique ; enfin, toute œuvre, aussi fantaisiste soit-elle,est insérée dans un milieu spécifique dont elle se fait l’écho avec d’autant plus de profondeur qu’elle est de valeur.

1. L’irréel permet une apparition plus saisissante du réel

Le réel et l’irréel peuvent entretenir des rapports de mise en valeur qui font apparaître le premier dans les circonstances qui pourraient lui sembler les moins propices. Si Le Jeu de l’amour et du hasard a unevaleur littéraire qui lui fait dépasser le simple canevas de la comédie italienne, c’est que s’y glisse, au cœur d’une structure très conventionnelle, une vérité saisissante. Marivaux n’abolit pas les contraintes de ce type de théâtre : on y trouve à la fois l’intrigue amoureuse entre deux couples de maîtres et de valets, le jeu du masque - on sait que la comédie italienne se joue en masques pour lesrôles masculins - des stratagèmes et des quiproquos. Cette structure issue de la commedia dell’arte est fondamentalement irréelle et se présente comme un aimable divertissement léger. Mais Le Jeu de l’amour et du hasard permet, dans des situations convenues, de faire jaillir une intelligence du réel dans ce sujet rebattu qu’est l’amour.

Lorsque Silvia se sent prise d’amour pour Dorante, sonattitude face à Lisette puis à son père et à son frère reflète une authenticité psychologique amoureuse qui, sans caractériser la jeune première de manière singulière, relève d’une vérité de l’amour. Le feu des répliques de Silvia lorsque l’on touche à « Bourguignon », qui n’est que Dorante déguisé, sa susceptibilité excessive, sa nervosité, tout la révèle sans qu’elle ait dit mot de son amour et nulne s’y trompe : « J’ai donc besoin qu’on me défende, qu’on me justifie ? On peut donc mal interpréter ce que je fais. Mais que fais-je ? de quoi m’accuse-t-on ? Instruisez-moi, je vous en conjure : cela est-il sérieux ? me joue-t-on ? se moque-t-on de moi ? Je ne suis pas tranquille. »
L’amour commence par se cacher, et se cacher d’abord à soi-même en prétendant se cacher aux autres. Mais ces...