La recherche du bonheur

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  • Publié le : 8 juin 2010
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La recherche du bonheur

Pour les matérialistes du XVIII ème siècle, comme le baron d’Holbach, le bonheur est avant tout un plaisir dont nous souhaitons la durée. Il se mesure à deux caractères : la longueur et l’intensité. Un bonheur très bref est appelé plaisir. Entre plaisir et bonheur il n’y a qu’une différence de durée, pas de nature. Le bonheur et le plaisir ne sont qu'une seuleet même chose. Notre corps ne supporte qu’une intensité limitée de plaisir, au delà d’un certain seuil, il y a la douleur. Il devrait y avoir une méthode pour user des plaisirs. Un art de vivre dans l’usage du plaisir qui devrait nous donner le maximum de bonheur.

Mais le bonheur est-il une somme de plaisirs ? Est-il exact que le bonheur et le plaisir soit une seule et même chose? Leplaisir est certainement une motivation que l'on peut poursuivre, mais y a-t-il des recettes pour être heureux ? Les gens qui « ont tout pour être heureux » ne le sont pas forcément et ce n’est pas obligatoirement une maladresse de leur part. Le bonheur est-il de l'ordre d'une pratique? Le bonheur est-il un simple hasard ? Le bonheur est-il une sorte de grâce païenne qui survient d’elle-même, sansqu’on y prenne garde et qui défie toutes les prétentions d’une méthode ? Le bonheur peut-il être le résultat d’une pratique ou d’un art de vivre ?

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A. Bonheur de libertin et hédonisme postmoderne

Disons tout de suite oui ! Partons du principe que plaisir et bonheur sont identiques pour examiner ce qui s’ensuit. Admettons l’opinion selon laquelle le bonheur est seulement une somme deplaisirs. (texte)

1) Ce type d'hypothèse nous conduit droit au fil conducteur du libertinage. Le libertinage part du principe que le bonheur consiste dans le plaisir, pour trouver le bonheur il faut savoir trouver le plaisir, le saisir avec adresse et le conserver. Stendhal nous dit que le plaisir le meilleur est court et vif. Une débauche sans règles engendre très vite le dégoût etl’ennui. L’homme qui veut être "heureux" doit savoir user des plaisirs avec habileté, art et modération, par exemple repousser à temps un plaisir qui risque de virer à la peine.

Le donjuanisme est l'art du libertin qui consiste à jouer le jeu du plaisir, tant qu’il y a plaisir, puis à l’abandonner dès qu’il y a ennui ou lassitude. Jouer le jeu de la séduction tant qu’il y a du plaisir, conquérir laproie du désir et passer à une autre, dès que l’ennui survient. C’est jouer le jeu d’un égocentrisme conséquent, qui vise à la recherche de sa propre satisfaction. Don Juan joue le jeu de la séduction, tant que le plaisir émoustille il est vif, s’il faiblit, aussitôt il se tourne vers une nouvelle conquête. La séduction, c’est une façon de chasser le plaisir . Vivre en séducteur, c’est renouvelerle plaisir en vivant la vie comme un jeu et en ne lui accordant évidemment pas de sérieux. Le sérieux, ce serait l’ennui, ce serait se gâcher le plaisir. L’important, c’est d’être d’avoir la promptitude nécessaire pour passer d’un plaisir à l’autre, pour en conserver toute la vivacité. Le sérieux, c’est l’ennui tandis que l’homme du plaisir lui sait s’amuser. Sa « morale », c’est ce qu’il nommeprofiter de la vie... tant que l’on est encore vivant. (texte)

Il s’agit par exemple chez Stendhal pour Lucien Lewen de détailler son bonheur, ce qui veut dire en jouir par le détail. Profiter de la vie avec insolence et légèreté. Curieusement, cette méthode implique qu’il ne faut pas se jeter tête baissée dans toutes les sensations. L’homme qui se contente de se livrer à la premièresensation venue est un lourdaud, pas un artiste du plaisir. Il ne fait que subir, mais en cela il n’éprouve rien de vif, il perd la tête et c’est tout. Selon Stendhal, à la différence, le libertin véritable est davantage perception, que sensation. L’homme brut, l’homme sensuel sans culture du bonheur, tombe dans la sensation sans la saisir. Jouir c’est percevoir la sensation elle-même, s’en emparer...
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