La reconnaissance

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  • Publié le : 17 juin 2010
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RECONNAISSANCE Introduction

Je remercie vivement l’IHEJ de m’avoir confié la lourde tâche de conclure ce séminaire sur le thème « Justice et reconnaissance ». Dans un premier temps, j’ai accepté cette conclusion, je l’avoue, pour la raison principale de mon ignorance, parce que je ne me sentais pas experte pour proposer à ce sujet une contribution originale, et que j’attendais du séminairequ’il nous fournisse les pistes d’une réflexion. C’est, je crois, mission accomplie, dans la mesure où les exposés ont été extrêmement riches. La tâche qui m’incombe est ders lors d’autant plus difficile que je ne pourrais synthétiser les propos des orateurs sans risquer de les travestir, voire de les trahir. Je choisirais donc une autre voie, mais une voie qui s’appuie tout de même sur les exposés quise sont succédés face à vous. Lorsque j’ai réécouté ces diverses conférences, il m’est en effet apparu clairement que l’association des termes de « justice » et de « reconnaissance », conduisait à une certaine définition – ou redéfinition – de la justice. Plus précisément, ce séminaire a permis de pointer à la fois l’apport de la reconnaissance aux théories de la justice et le rôle de la justicedans les processus de reconnaissance, ce qui constitue deux aspects différents des rapports entre justice et reconnaissance. Je vous propose de conclure cette étude en deux temps. Je voudrais commencer par revenir, si vous le permettez, sur cette distinction entre, d’une part, l’apport de la reconnaissance à la justice et, d’autre part, la contribution de la justice à la reconnaissance. Aprèsquelques définitions préliminaires, cela me permettra de formuler l’hypothèse principale qui a traversé ce séminaire : une justice de la reconnaissance tend à se développer de plus en plus, une justice au sein de laquelle la part symbolique est extrêmement prégnante. J’essaierai d’en résumer brièvement les caractéristiques. Puis, dans le second temps de mon exposé, je tenterais de synthétiser lesdifférents risques, ou limites, d’une telle justice, tels qu’ils ont été mis en avant par les orateurs.

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I. La justice de la reconnaissance Pour esquisser cette justice de la reconnaissance, je commencerai donc par ce qui peut ressembler à une définition de la justice, de la reconnaissance, et de la nature de leurs rapports, tels qu’ils ont été décrits à travers les exposés. Il faut toutadmettre qu’il y a au moins 4 sens du terme de « reconnaissance » qui sont restés sous-jacents au débat : La reconnaissance, au premier sens, au sens cognitif, presque neutre, c’est l’action de reconnaître un objet ou une personne, c’est-à-dire d’en saisir les attributs par la pensée, en les liant. Il s’agit, dit aussi le Robert, d’une action de la mémoire : bien souvent, on reconnaît quelque chosequ’on a connu, mais qui était sorti de notre sphère de proximité, et qui a donc changé  >< méprise Deuxièmement, dans un sens peut-être plus psychologique, la reconnaissance est la gratitude envers celui qui nous a fait du bien et à l’égard duquel on est redevable ( registre de la dette)1  >< ingratitude Troisièmement, reconnaître, c’est aussi admettre, tenir pour vrai. C’est souvent parvenir àaccepter ce que l’on avait jusqu’alors nié ou rejeté. Le plus souvent, on reconnaît ses erreurs, ses torts  >< déni Enfin, quatrièmement, reconnaître, c’est attribuer une certaine valeur à quelqu’un ou à quelque chose, en raison de ses talents ou de ses mérites. Cette valeur, qu’on nous accorde, qu’on nous reconnaît, nous inclut souvent dans un groupe (le groupe de ceux qui partagent cette valeur). Onpeut penser par exemple à la reconnaissance des pairs, si importante dans le milieu académique  >< mépris On peut donc dire que la reconnaissance, selon ses différents acceptions, s’oppose à la fois à la méprise, à l’ingratitude, au déni et au mépris. De la méprise au mépris, la reconnaissance s’oppose donc à l’indifférence.

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C’est le sens que lui donne par exemple Jeremy Bentham....
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