La relation innovation emploi dans les services

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  • Publié le : 28 mars 2011
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MARCHÉ DU TRAVAIL La relation innovation emploi dans les services
Faridah Djellal, Faïz Gallouj (*)

La question de l’innovation dans les services et de ses relations à l’emploi est une question fondamentale, qui paradoxalement n’occupe pas la place qui lui revient dans la littérature économique. Cet article tente, à titre essentiellement programmatique, d’articuler la question de l’emploi auxprincipaux travaux empiriques ou théoriques qui ont été consacrés à l’innovation dans les services. Bien qu’unanimement considérée comme fondamentale, cette question est relativement peu exploitée : en effet, l’une des variables de la relation (à savoir la question de l’innovation dans les services) n’est pas encore clairement élucidée sur le plan théorique. Le caractère encore flou de la natureet du statut de l’innovation dans les services conduit à considérer comme hasardeuse toute tentative d’analyse des conséquences de cette innovation sur l’emploi. Il s’agit-là pourtant d’un champ de recherche important sur le plan théorique et des politiques publiques qu’il faudrait explorer davantage, à la fois sur le plan micro, méso et macroéconomique, que ce soit par le biais de la constructionthéorique déductive ou de l’analyse inductive qualitative ou statistique. Ce sont les deux axes généraux de recherche que l’article explore, dans une volonté de fournir un premier cadrage pour une réflexion à développer.

La question de la relation entre le changement technique et l’emploi est une question ancienne et fondamentalement complexe, à la fois sur le plan théorique et empirique,indépendamment même du problème du secteur concerné (FREEMAN, SOETE, 1987 ; PETIT, 1995 ; VIVARELLI, 1995). Elle renvoie à des causalités multiples et contradictoires, directes et indirectes. Elle ne semble pas pouvoir être abordée de manière satisfaisante par l’intermédiaire d’un nombre réduit de mécanismes généraux, ni à un seul niveau d’analyse, micro, méso ou macroéconomique. Les débats autour de la« théorie de la compensation » (selon laquelle les ressorts du marché sont en mesure de compenser, de manière automatique, les pertes d’emplois induites par une innovation destructrice d’emplois (1)) donnent une idée de la complexité des mécanismes à l’œuvre. L’écheveau des relations est par ailleurs rendu encore plus inextricable par le fait que d’autres variables que l’innovation interviennentsur la croissance de l’emploi dans les services : la demande, les changements institutionnels, etc. Il n’est donc pas étonnant, comme le soulignent VIVARELLI et PIANTA (2000) que l’économie néoschumpeterienne contemporaine de l’innovation (à l’exception notable des travaux de FREEMAN, CLARK, SOETE, 1982 ; FREEMAN,
* Clersé, Ifrési et université de Lille 1 ; faiz.gallouj@univ-lille1. fr ;faridah.djellal@univ-lille1.fr (1) On considère généralement que la compensation opère à travers les différents mécanismes suivants : la création de nouvelles machines, la baisse des prix, de nouveaux investissements, la baisse des salaires, l’augmentation des revenus, la création de nouveaux produits (VIVARELLI, 1995 ; PETIT, 1995).

SOETE, 1987) ait évité cette question. Il l’est encore moins qu’ellesoit généralement absente des travaux consacrés à l’innovation dans un secteur qui pose de nombreux autres problèmes théoriques intéressants et difficiles (en particulier ceux de la définition, de la mesure, des modes d’organisation et d’appropriation de l’innovation et de la R-D). Ainsi, bien que le secteur des services soit reconnu comme le principal créateur d’emplois dans les économiescontemporaines, trop peu de travaux se sont penchés sur la question du lien entre l’innovation dans ce secteur et l’emploi. Ce désintérêt pour une question théorique importante et ancienne peut être interprété de différentes manières. Tout d’abord, dans la mesure où la littérature économique a longtemps sous-estimé l’innovation dans les services, il n’est pas étonnant qu’elle ait également sous-estimé et...
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