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  • Publié le : 29 mars 2011
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La Russie et le « chaudron » centrasiatique

Entretien avec René Cagnat, colonel (en retraite), docteur en sciences politiques, ancien attaché militaire en URSS, Bulgarie, Roumanie, Ouzbékistan et enfin au Kirghizstan*.

Vous parlez de « chaudron » pour décrire les relations entre la Russie et l’Asie centrale. Pourquoi cette métaphore ?
René Cagnat : L’Asie centrale est une régiontellement compliquée, à l’image de l’Orient en général, que recourir à une approche classique ne permet pas de la comprendre, d’où la métaphore du chaudron centrasiatique. J’ai choisi le chaudron car il symbolise à la fois l’aspect gastronomique et convivial. Il y a le contenu du chaudron, et autour tous ceux qui s’activent pour animer le feu et concocter la mixture qu’il contient. Ce chaudroncentrasiatique renferme divers ingrédients dont notamment les « larmes du diable » et les « larmes d’Allah ».
Les « larmes du diable », c’est le nom que l’on donne aux hydrocarbures en Asie centrale. Cette image rend compte de la réalité de cette région aujourd’hui : un énorme gisement de pétrole et de gaz. à ce titre, elle est devenue l’un des grands points de vente d’hydrocarbures dans le monde.Le chaudron centrasiatique contient également d’autres ingrédients en termes de ressources, tels que l’uranium et les métaux rares du Kazakhstan, l’or ouzbek et kirghize, les pierres précieuses du Tadjikistan ou le coton ouzbek qui donnent l’occasion à des mafias de s’organiser, de tirer profit des richesses au détriment du peuple. Voilà toute une manne qui pourrait profiter à l’Asie centrale etsouvent lui échappe.
Nous retrouvons également dans le chaudron les « larmes d’Allah », nom donné à l’héroïne liquide ainsi qu’à toutes les autres drogues qui  l’accompagnent. Les « larmes d’Allah » sont encore plus regrettables que les « larmes du diable ». Elles représentent, ces dernières années, selon le directeur de l’Office de la drogue russe, un chiffre d’affaires de plus de 100milliards de dollars dans la région, soit un marché  équivalent à celui des hydrocarbures. L’évaluation englobe la production en Afghanistan, sa commercialisation en Asie centrale et vers la Russie en particulier, pays actuellement le plus dépendant à l’héroïne (1). à cause de cette drogue, la population russe perd 30 000 personnes par an, essentiellement des jeunes. Un bilan plus élevé que le nombre demorts liées à la guerre en Afghanistan. Ainsi, chaque année, la Russie perd en nombre de victimes l’équivalent d’une guerre majeure.
Que font les Russes par rapport à ce fléau de la drogue qui vient d’Asie centrale ?
Les Russes commencent à se réveiller. Ils tentent notamment d’installer dans la région d’Och, dans le Sud du Kirghizstan, un bataillon dont la mission serait de luttercontre la drogue. Ils sont actuellement en négociation sur ce sujet et 50 gardes frontières  viennent d’être déployés à Och même. Les trafiquants de drogues locaux prennent pleinement conscience de la volonté russe de lutter contre la drogue et en sont très inquiets. Ce serait la raison pour laquelle ces mafieux susciteraient actuellement des révoltes, mais aussi des pogroms, dans le but de ralentirou d’empêcher l’installation des Russes qui sont les plus à même de lutter contre eux. Seuls les Russes disposent de moyens véritablement efficaces car ils connaissent le terrain, ce qui n’est pas le cas des organisations occidentales. Je ne  critique pas ces dernières, car elles font ce qu’elles peuvent, mais elles n’ont pas l’expérience du terrain en Asie centrale et ne savent pas comment réagirdans le contexte centrasiatique. Ce type d’opérations demande du doigté, des connaissances, de l’expérience, ce qu’ont acquis les Russes. Certes, ils ne sont pas merveilleusement adroits, comme nous avons pu le constater en Tchétchénie, mais ils y ont appris bien des choses. De par leurs expériences, ils seraient sans doute meilleurs en Asie centrale qu’ils ne l’ont été au Caucase. Les mafieux...
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