La scene theatrale des passages

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Projet de dissertation

L’ « espace autre » des passages :
variations autour d’un objet architectural parisien
chez Balzac, Zola, Aragon et Céline

[pic]

Evelyne Pénia-Fodor

French and Francophone Studies
University of California, Los Angeles

jeudi 24 décembre 2009

Membres du comité

Laure Murat, Chair, French and Francophone Studies
Eric Gans, French and Francophone StudiesAndrea Loselle, French and Francophone Studies
Thomas Harrison, Italian Studies
L’ « espace autre » des passages :
variations autour d’un objet architectural parisien
chez Balzac, Zola, Aragon et Céline

Sommaire

Introduction 2

Le passage, phénomène urbain post-révolutionnaire 2

Le passage, motif littéraire 3

Première partie : Spécificités du passage 7

Définition 7Contexte historique 10

Fonctions 11

Caractères topographiques 14

Deuxième partie : Cadre théorique 16

Le concept d’hétérotopie chez Michel Foucault 16

Les six principes de l’hétérotopie 17

En quoi les passages sont-ils des espaces hétérotopiques ? 18

Troisième partie : Le passage est-il une hétérotopie littéraire ? 21

Les Galeries de Bois du Palais-Royal 21Le passage du Pont-Neuf 25

Le passage de l’Opéra 28

Le passage des Bérésinas 33

Conclusion 37

Bibliographie 40

Annexe 47

Michel Foucault « Des espaces autres », Conférence au Cercle d'études architecturales, 14 mars 1967

Introduction 

La seule illustration (Figure 1a) d’un passage parisien dans son état original qui nous soit parvenue est une petite aquarelle encouleur d’un auteur inconnu, qui date de 1810. Conservée au Musée Carnavalet à Paris, elle représente le passage des Panoramas qui doit son nom et une part de sa renommée aux deux rotondes décorées de panoramiques encadrant l’entrée sur le boulevard Montmartre. Cette illustration a souvent servi de référence aux architectes de la ville, aux historiens de l’art et aux éditeurs de guidestouristiques, pour son exactitude presque photographique. Ici, elle nous servira de point d’appui pour interroger l’articulation d’un phénomène urbain et d’un motif littéraire.

Le passage, phénomène urbain post-révolutionnaire

On peut faire remonter l’architecture des passages à l’Antiquité, puisqu’il existait déjà des rues commerçantes couvertes. Pourtant ce n’est qu’au XIXe siècle à Parisque cet objet architectural apparaît comme un nouveau mode d’organisation de l’espace urbain. Étonnante combinaison de la concentration commerciale, de l’urbanisme des quartiers neufs et plus souvent des quartiers anciens récupérés, et d’une nouvelle sociabilité, leur essor correspond à l’avènement de la bourgeoisie à laquelle le commerce est tellement lié. Le premier édifice digne de ce nom setrouvait dans les jardins du Palais-Royal. Johann Friedrich Geist, le grand spécialiste des passages, les identifie comme le « premier espace public protégé des nuisances de la rue » [1]. Tout au long du XIXe siècle, ils sont des dizaines à éclore atteignant le chiffre record de 120 à l’aube du Second Empire[2]. Le phénomène s’inscrit dans le mouvement de modernisation des centres urbainsamorcé à la fin du XVIIIe siècle, au moment où la politique d’embellissement de l’Ancien Régime s’efface devant les nouvelles exigences urbaines. Pur produit de la spéculation foncière et immobilière, ces espaces où l’on vend des « nouveautés », ont immédiatement joui des faveurs du public auquel ils offraient le spectacle des plaisirs de la prospérité. C’est l’époque où Balzac écrivait : « Legrand poème de l’étalage chante ses strophes de couleurs depuis la Madeleine jusqu’à la porte Saint-Denis. » [3]

Le passage, motif littéraire

Mais au-delà de cette réalité, le passage couvert est aussi l’espace urbain qui a nourri le plus de fantasmes littéraires. Philippe Hamon dans son livre Expositions : Littérature et architecture au XIXe siècle [4] a bien montré l’intrication...
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