La science, le hasard : dissertation

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  • Publié le : 13 juin 2011
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La science, le hasard.

La science est communément définie comme la connaissance des lois de causes à effets qui régissent le réel. La science est un savoir, savoir qui permet de comprendre, de maîtriser, d’anticiper le réel. Même s’il nous semble en faire quotidiennement l’expérience, le hasard nous apparait comme un phénomène sans but, inconnu, imprévisible, inattendu qui produit des effetsque la science ne peut que constater. Or, les définitions de chacune de ces notions peuvent se voir comme antinomiques ou complémentaires : la connaissance, contre l’inconnu. D’une part, il est ainsi couramment admis que le hasard échappe à la science. Le hasard est alors envisagé comme la limite de la science. Là, où le hasard règne, la science n’a pas cours. Cependant ce point de vue neverrait le hasard qu’en négatif de la science, et la science comme incapable d’atteindre une part du réel. Mais d’autre part, le hasard est aussi souvent envisagé comme un objet de la science. Dans ce cas, la science dispose d’une capacité de connaissance du réel plus grande. Il n’est toutefois pas évident que le hasard soit envisagé dans son entier. Par ailleurs, chacune de ces notions a rapport à lamême chose : le réel. L’une cherche à le clarifier. L’autre le rend flou. Il sera donc nécessaire de se placer dans chaque étape suivant différentes considération du réel : un ordre à découvrir, un ordre à construire, un chaos. Peut-on alors penser scientifiquement le hasard sans altérer la conception du hasard ou de la science ? Si l’on ne peut lier des rapports entre ces notions tout en conservantleur intégrité, le problème vient-il forcément de la conception du hasard, ou peut-il s’agir de la science ?

Une première façon d’aborder ces notions est le point de vue des philosophes antiques. La science et le hasard sont alors à voir comme deux notions antinomiques, privées de tout rapport dans un monde vu comme un comos, c'est-à-dire un monde ordonné.

La notion de hasard n’est pasétudiée par les philosophes antiques pour elle-même. Le hasard n’est étudié que dans son rôle dans la construction du cosmos. Pour les atomistes comme Démocrite ou Epicure, le hasard est un facteur essentiel de la construction du cosmos. Epicure formule le concept de clinamen. Le clinamen est la perturbation qui dévie les atomes pour les séparer ou les agglomérer. Pour Platon à l’inverse, l’âme est leplus ancien de tous les êtres et toute chose est guidée à la rectitude et à son propre bonheur par l’intellect divin. Le hasard n’a donc pour lui aucune existence. Seul Aristote commence à aborder le hasard pour lui-même en s’intéressant aux parties de l’âme. Pour Aristote, la partie rationnelle de l’âme est scindée entre la fonction de science (sophia) et la prudence (phronesis). La science n’apour objet que les choses nécessaires, c’est-à-dire les choses ne pouvant être autrement qu’elles ne sont. La science, ou sagesse théorique, ne traite donc pas du hasard car il appartient au rang des choses qui peuvent être autrement qu’elles sont. Le hasard n’est donc pas objet de science, il est par essence antiscientifique. Pour Aristote, avoir la science d’une chose consiste à en connaître laconclusion et le principe, c’est-à-dire l’aboutissement du phénomène et son mécanisme de construction.
Dans Physique, Aristote définit le hasard comme une illusion d’intentionnalité. Le hasard a un principe sans intention : « Lorsque dans les choses qui ont lieu en vue d’une certaine fin, il s’en produit une accidentellement, on dit alors qu’elle est fortuite et qu’elle est spontanée. »(Physique, V, §5). Le hasard est l’expression d’une fin accidentelle. Ce point de vue engendre une certaine passivité de la science face au hasard. Le hasard est reclus dans l’inintelligible. Comment dans ce cas gérer le hasard, le rendre maîtrisable, et par là, connaissable ? Dans l’Ethique à Nicomaque, Aristote fournit un concept qui semble permettre de gérer la contingence : la prudence. La...
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