La souffrance au travail : origines et manifestations

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 13 (3010 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 30 novembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
La guerre économique qui fait rage aujourd’hui dans les entreprises françaises trouverait son origine, non pas dans des lois naturelles, incontournables liés à la logique interne qui prévaut dans le système économique mondial comme semble l’entendre nombre d’analyses.
Cette guerre, que Christophe Dejours qualifiée de "guerre saine" s’appuierait sur des lois instituées, construites par leshommes. Elle serait même souhaitée par certains dirigeants et serait le fruit d’un calcul, d’une stratégie.

Par ailleurs, ces conduites humaines, non seulement produisent cette machine de guerre, mais aussi conduisent à y consentir, voire à s’y soumettre.

Ce qui en d’autres termes signifie que chacun d’entre nous, en tant qu’élément du système, contribue à faire en sorte que celui-ci soit maintenuen place, selon le principe de l’homéostasie : maintenir l’équilibre à tout prix quitte à y perdre sa santé physique ou psychique.

I- Comment peut-on tolérer l’intolérable ?

La peur est aujourd’hui largement partagée vis-à-vis des risques d’exclusion et de désocialisation liés à la perte d’un emploi et à la difficulté d’en retrouver un.
Pour autant, cette situation d’exclusion sociale etla souffrance qui en découle n’est pas toujours perçue comme une injustice.
Ceci provient d’un clivage dangereux qui s’opère entre souffrance et injustice. Ainsi, lorsque la souffrance d’autrui n’est pas considérée comme le fait d’une injustice, la colère et l’indignation ne peuvent pas être convoquées et en lieu et place, une posture de résignation et un constat d’impuissance se font jour.
Ceclivage est subtilement induit voire entretenu par le discours économiciste selon lequel l’origine du malheur serait une question de destin en non pas le fait de la responsabilité et de l’injustice. Et l’adhésion à ce discours économiciste serait une manifestation du processus de "banalisation du mal", véritable défense contre la conscience douloureuse de sa propre complicité, de sa proprecollaboration et de sa propre responsabilité dans le développement du malheur social.

Le constat posé par Christophe Dejours est que, depuis 1980, on observe :
- une crise croissante de l’emploi,
- un retournement politique qui consiste à placer la raison économique avant la raison politique,
- de nouvelles méthodes de gestion et de direction des entreprises.

L’hypothèse posée serait alors quel’ensemble de la société a subi une transformation qualitative qui se traduirait par une atténuation des réactions sociales à la souffrance et à l’injustice (moindre mobilisation collective, réactions de réserve, résignation, indifférence, tolérance à la souffrance d’autrui).

II- Comment s’est mis en place le processus de tolérance à la souffrance ?

1) Le refus syndical de prendre enconsidération la subjectivité

Le thème de la souffrance au travail et les rapports qu’entretiennent subjectivité (qui renvoie à la façon dont le sujet éprouve par le corps une situation, sur le plan des émotions et des sentiments) et travail ont été largement négligés par les organisations syndicales, et ce dès 1968. Traiter de la souffrance au travail était considéré comme suspect car en privilégiant lasubjectivité individuelle, elle nuirait conséquemment à la mobilisation collective et à la conscience de classe.

Ceci a eu 3 incidences redoutables :

a- Les recherches dans ce domaine n’ont pu être développées.
b- La "récupération" du sujet par le patronat et par les cadres qui ont alors forgé de nouvelles conceptions et pratiques concernant la subjectivité et le sens du travail : cultured’entreprise, projet institutionnel, mobilisation organisationnelle, … Ce qui n’a fait qu’accroître le fossé entre capacité d’initiative du patronat et des cadres et capacité de résistance et d’action collective des organisations syndicales.
c- La disqualification de la parole sur la souffrance et tolérance à la souffrance subjective.

2) La honte de rendre publique la souffrance engendrée...
tracking img