La statue de sel, albert memmi, chap "ginou"

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 11 (2503 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 10 décembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
La Statue de sel, Albert Memmi

Commentaire composé du chapitre VIII : « Ginou »

La Statue de sel est une autofiction, c’est le récit d’un écrivain français de Tunisie ni français, ni tunisien, juif, et d’origine modeste. C’est également et avant tout le récit d’un déchirement, d’une quête identitaire insoluble générant angoisse et révolte. Le narrateur est déchiré entre sa culture d’originequ’il rejette, et sa culture française, qui le rejette. Le chapitre VIII intitulé « Ginou » se situe dans la seconde partie du roman appelée « Alexandre Mordekhai Benillouche - un nom qui à lui seul en dit long sur le problème identitaire du narrateur -, au milieu presque parfait du récit. Dans ce passage, Alexandre revient sur son premier émoi amoureux pour une jeune fille bourgeoise prénomméeGinou.
Nous tenterons ici de montrer comment le déchirement intérieur né de l’origine sociale et culturelle du narrateur transparait clairement au travers de sa vision des femmes et des relations qu’il entretient avec elles.
Dans un premier temps, nous verrons comment le narrateur se représente les jeunes filles issues du milieu bourgeois comme inaccessibles, dans un second temps, nousobserverons au contraire comment il perçoit les femmes qui lui sont familières, et enfin, nous montrerons comment cette vision bipolaire de l’univers féminin traduit son déchirement intérieur.

Dès l’ouverture du chapitre, le narrateur nous expose sa vision de l’univers féminin : il s’agit là d’un univers bipolaire puisqu’il se divise en deux catégories distinctes, celle des « inaccessibles » (« Celledont je rêvais la nuit, que je souhaitais approcher mais que je jugeais inaccessibles […] » p. 195) et celle des « familières », qui le laissaient indifférent. En ce qui concerne la première catégorie de jeunes filles, il semblerait bien que ce soit leur caractère inaccessible même qui les rend séduisantes aux yeux du narrateur. Un certain nombre de critères semblent concourir à leur inaccessibilitécomme leur beauté, leur éducation, mais surtout et avant tout leur milieu social, c’est pourquoi d’ailleurs elles s’opposent à la catégorie des « familières ».
Très rapidement, le narrateur en vient à vanter leur beauté et leur coquetterie : « Les autres, qui se rougissaient les lèvres avec discrétion, sentaient le parfum léger et la chair propre et coquetaient d’une façon que, dans le fond demon cœur, je trouvais délicieuse […] » (p. 195), la dénomination « les autres » est ici importante car elle permet de renforcer l’idée de fracture et d’opposition entre les deux catégories, mais aussi parce qu’elle marque l’isolement du narrateur face à ces jeunes filles inaccessibles : il y a les autres, et il y a lui. Ainsi, Ginou, objet des premiers émois amoureux du narrateur, n’échappe pas àces critères, et tout au long de ce passage on peut relever de très nombreuses allusions à sa beauté physique : elle est décrite comme « coquette », « petite, pleine, aussi parfaitement proportionnée que si elle eût été fabriquée de main d’artiste, éclatante de santé, joues roses, lèvres rouges, yeux bleus, poupée de celluloïd. », « si élégante, si jolie » ou encore « charmante »… Ainsi, Ginouémeut le jeune Alexandre Benillouche par sa beauté et parce que cette qualité qu’elle possède est reconnue de tous, par Mina, par Henry qui la trouve « bien jolie », mais aussi par tous les autres garçons puisqu’elle est « si courtisée ».
Ce que le narrateur apprécie également chez ces jeunes filles, c’est leur éducation. En effet, Mina, en parlant de Ginou, ne manque pas de préciser à Alexandrequ’ « elle ne fait rien par étourderie ». Aussi, alors que Ginou et le narrateur sortent ensemble pour la première fois, il ne manque pas de remarquer ses qualités humaines : « Femme, elle m’écoutait avec attention et douceur, m’interrogeait, conseillait. Davantage préoccupée de mode, tennis, cuisine et musique, que de ses études, elle admirait mes succès. » (p. 199)
Toutefois, il est assez aisé...
tracking img