La tonalité ironique dans les pensées, pascal

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  • Publié le : 9 décembre 2009
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LA TONALITÉ IRONIQUE ET LUDIQUE DES PENSÉES DE PASCAL

La tonalité ironique et ludique des Pensées de Pascal
« Pour mieux capter l’attention de son destinataire dans les Pensées, Pascal va conférer à son texte une tonalité pour
le moins novatrice dans le genre apologétique. En effet, Pascal a immédiatement compris que le ton habituellement mort et morne des apologies traditionnelles, dessermons, n’est pas adapté à son destinataire athée. Pour pallier cela, Pascal va séduire son interlocuteur en employant une autre manière de dire : il va créer une œuvre ludique par le ton (l’ironie) et par les jeux de mots.

1. L’ironie
L’ironie est présente en bien des fragments des Pensées, et elle donne sa pleine mesure à travers l’emploi de quelques termes, tournures, rendus porteurs d’uneforte charge ironique qui change des diabolisations et autres malédictions outrancières de la littérature apologétique traditionnelle 3. Néanmoins, pour en avoir adopté un ton nouveau, Pascal ne renonce pas pour autant à ridiculiser les ennemis du christianisme. Divers marqueurs axiologiques, habituellement connotés de manière méliorative, vont être utilisés par antiphrase dès lors qu’ilss’appliquent à l’homme sans Dieu ou à ses valeurs. Les occurrences de raisonnable qui concernent toute autre personne que le vrai chrétien sont toujours ironiques 4 : ainsi, au fragment 611, la « pénitence raisonnable » des casuistes ne l’est que dans un ordre humain ; de même, au fragment 134, d’avoir choisi le divertissement, la différenciation des hommes par la noblesse ou l’argent est « très raisonnable», mais uniquement dans l’ordre de la concupiscence, dans le monde d’après la chute où tout est devenu relatif 5. Le terme sage appliqué à l’homme possède un emploi pareillement ironique, servant à désigner les philosophes, eux qui ont échoué dans leur entreprise : ces derniers ont manqué leur rendez-vous avec le souverain bien (les « sages superbes » du fragment 13 sont indignes de connaître unDieu si saint, et les « sages superbes » du fragment 753 sont impies et seront confondus par Dieu), avec la raison (« les habiles par imagination », « les sages imaginaires » [fr. 78]), avec la vérité (« ces sages n’ont point connu » les injustices de l’homme [fr. 182]), avec autrui (« les sages, comme Platon et Socrate », n’ont pu persuader les autres de la vérité [fr. 690]). Au final, « la sagessede la terre » (fr. 240) n’est dans les faits que folie 6, elle ne fait que favoriser l’orgueil, elle reste au service de la concupiscence 7. L’adjectif « suffisant », lui, se rapporte à la science des demi-habiles (fr. 117) et à la grâce des jésuites (fr. 791), et il ne suffit qu’à les rendre présomptueux, sans jamais leur permettre d’être savants ou d’être élus de Dieu. Après l’aspectraisonnable, c’est le côté bon de l’homme sans Dieu qui est tourné en dérision. En effet, digne qualifiant l’homme sans Dieu agit par antiphrase : les molinistes sont « dignes » de commettre des erreurs (fr. 445), les jésuites sont « dignes d’être abandonnés à l’esprit du mensonge » (fr. 698). Au fragment 453, l’homme – cette « grande âme » –, affligé par la mort de sa femme et de son fils unique, a trouvédans le jeu de paume « un soin digne » de l’occuper ! L’adjectif bon aussi est ironique, lorsqu’il désigne les pères jésuites « ces bons Pères » (fr. 634) 8 qui veulent avoir la liberté de suivre leur imagination, ce dernier terme devenant ici un antonyme de la raison et de la Tradition. Les adjectifs marquant l’admiration – admirable 9 et beau – deviennent à leur tour vecteurs d’ironie, lorsqu’ilsdéterminent l’homme sans Dieu. « Les règles admirables » 10 qui régissent la société sont basées sur la concupiscence 11, c’est-à-dire sur un fondement on ne peut plus incertain (fr. 244) 12, et les propos « admirables » du demihabile, nonobstant leur valeur de vérité (fr. 123), ne font gagner que des coups d’étrivières.
En dépit du sérieux de son sujet, Pascal dans les Pensées sait faire...