La tyrannie de la performance

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 11 (2527 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 9 octobre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
[pic]
INSTITUT UNIVERSITAIRE ÂGES ET GÉNÉRATIONS
UNIVERSITÄRES INSTITUT ALTER UND GENERATIONEN
ISTITUTO UNIVERSITARIO ETÀ E GENERAZIONI

Jean-Pierre Fragnière
Mont-Tendre 28, 1007 Lausanne
e-mail : jpfragniere@netplus.ch
Natel 079 412 82 83
http://www.jpfragniere.ch
Résumé de l’exposé présenté au Congrès du GRAAP – 13.05.09 – (Dépression. Burn-out)

La tyrannie de la performanceNous le savons bien, le burn-out ne tombe pas du ciel, il s'inscrit dans un mécanisme redoutable, parfois prévisible, souvent apparemment totalement inattendu.
L’heure n’est pas à cultiver le regard morose, pessimiste ou obsessionnellement critique. Cependant, il peut être utile ou en tout cas fécond de ne pas se voiler la face. Ne dit-on pas : un homme averti en vaut deux ?Tous sur la face nord

Il y a quelque 30 ans, un slogan fleurissait : « Tous sur la face nord, ensemble il faut battre les Japonais ! ». On parlait presque de guerre économique, en tout cas de riposte. Pour ces étranges combats, il convenait d'être performant, en tout cas excellent.
C'est ainsi qu'on a vu se construire une société célébrant des personnages que l'on atrès vite nommés les battants, évalués en permanence, appelés à atteindre des sommets, à entrer dans le cercle des meilleurs. Pour les autres...
Nous savons bien que la caméra ne s'attarde guère sur les pelotons qui accusent du retard d'abord, qui sont lâchés, quelques-uns abandonnent, ils sont vite récupérés par la voiture-balai. Et souvent, la phrase de Péguy siffle à l'esprit : « …quandun homme est tombé, tout le monde dessus ».

Le détournement du vocabulaire

Ne sommes-nous pas en train d'assister, inconscients, à la mort de trop de mots?
Pour communiquer, il faut disposer d’un langage commun, de termes dont le sens est codifié. Hélas, des mots, trop de mots, ont perdu leur sens. Ils ont revêtu une tunique inattendue. On s’y perd; mais on lesrabâche au quotidien.
Plus précisément, ils nous sont assénés de colloques en circulaires, de règlements en conférences de presse. Chez nous, on restructure, on dégraisse, on planifie, on assouplit, on s’ouvre et on fait mieux avec moins, on promeut la qualité et stimule les convergences. Bien sûr, je ne retiens aucun terme anglo-saxon, il me faudrait noircir au moins deux pages.
Auverso de chacun de ces termes, il y a le revers de la médaille : jeter, éliminer, durcir, presser, menacer, contraindre, et j’en passe. Quand on triche avec le langage, on triche aussi avec la vie. Et l'on se fait gruger.

La tenaille « coopération / concurrence »

De toutes parts fusent les appels à la mise en réseau, à l'élargissement de ces réseaux, à la stimulation de lacoopération sous le drapeau d’un slogan qui reprend du service : « l'union fait la force ».
Dans le même temps, on assiste à une implacable mise en concurrence sous la bannière de ce que l’on appelle l'excellence. Dans ce contexte, la notion de suffisant disparaît au profit du toujours plus. La sanction ? Le rejet dans la catégorie des perdants, des losers.
Quelques cérémoniessportives le montre bien. La caméra guette les grimaces des athlètes ; elle immortalise et mondialise ces minutes qui les voient se jeter au sol, à genoux ou sur le dos, épuisés, avant d’aller cueillir la médaille.
On sait que le travail est fatigant, noble fatigue, mais il faut encore gérer cet honorable tribut payé à la performance. Le col blanc tâte son pouls et pilote sa prise de stimulants,voire de médicaments. Il est appelé à répondre à cette lourde question, combien de temps vais-je encore tenir à ce rythme ?
De jogging en thalassothérapie, il compte les mois et les années. Il n’a guère le droit à l’erreur, car il paiera la facture, lui, elle, et les siens ; avec le secours des assurances sociales. Qui ose vraiment annoncer publiquement qu’il ne tiendra pas le...
tracking img