La vague

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  • Publié le : 7 juin 2010
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Serait-il encore possible de mettre en place une dictature en Europe en 2009 ? A cette question la réponse semble évidente. Ou plutôt souhaiterait-on qu’elle le soit. Mais l’est-elle vraiment ? Pouvons nous affirmer, avec certitude, que plus jamais le sol de l’Europe ne sera foulé par les bottes de l’autocratie ? La Vague nous rappelle que la réponse est plutôt “pourquoi pas” que “bien sûr quenon”. Sans dogmatisme ni démagogie, ce film nous rappelle comment on peut très vite se laisser submerger par ce qui nous dépasse.
Of the People, By the People, For the People
Le point de départ du film est très simple : un professeur d’histoire se voit attribuer, suite à la manipulation d’un collègue malveillant (intéressant Bruno Ganz, le Hitler de La Chute ) la semaine thématique surl’autocratie, plutôt que l’anarchie. Pour ce jeune prof qui brandit comme un étendard son passé de squatter et se bousille les tympans à grand coup de Ramones, la semaine va être longue. De plus, les élèves, blasés par un discours éducatif qui leur sert du IIIème Reich à toutes les sauces, sont plus motivés par la soirée qui s’annonce que le cours qu’on leur fait. Le message est clair : « On a compris laleçon, circulez, y’a rien à voir, en tout cas pas chez nous ». Pour rendre tout ça plus vivant, Rainer Vanger reprend les choses en mains et décide de faire éprouver à ses élèves les limites de leurs certitudes.
Herr Vanger, comme il ne tarde pas à se faire appeler, met en place une série de règles qui vont désormais rythmer le quotidien des élèves : on se lève pour parler, on salue le professeur, ongarde la place qui nous est attribuée. Plus on avance, plus il y a de règles et plus elles sont contraignantes. Tout le monde s’habille en blanc, tout le monde fait un salut. On pourrait se dire que face à cette atteinte à leur individualité, les élèves, fort de leur enseignement sur l’escalade autocratique, seraient les premiers à se rebeller contre cet affront direct à leur liberté.
Qui nel’aurait pas fait ? Pourtant, les voix réfractaires sont peu nombreuses et elles sont soit très vite ralliées (pression des amis, peur d’être seul) soit très vite évincées (exclusion du cours ou ignorance totale). C’est qu’il y a une valeur largement supérieure à leurs droits essentiels qui les pousse à fermer les yeux quand ces droits sont bafoués : la valeur de la communauté. C’est sur ce sentimentque Herr Vanger construit son petit monde : il développe un sentiment d’appartenance, permet à chacun de trouver sa place, brise le carcan social et donne à chacun une chance d’être au niveau des autres. Il leur montre que cette communauté est faite d’eux, par eux, et pour eux, du coup ça marche. Une fois unis, tout devient possible non ?
The Devil You Know
La force de La Vague, c’est de nousmontrer le danger de l’autocratie justement par son absence de danger. Herr Vanger ne rallie pas ses troupes par la peur, comme le fait le prof réac à l’étage inférieur, mais autour de valeurs attirantes et positives : entraide, solidarité, soutien, confiance. Il ne fige pas non plus son mouvement autour d’une idéologie théorisée, du coup tout le monde peut y trouver ce qu’il cherche : une famillepour l’un, un passé pour l’autre, ou même une raison d’être. D’ailleurs, Vanger le dit bien au début : « l’idéologie vient seulement après, une fois que les troupes sont déjà ralliées. ».
Tout le monde devient cible potentielle – et du même coup potentiel coupable – des dérives totalitaires. Elles ne sont pas l’apanage d’une frange minoritaire populaire et malléable comme il est pratique de penser.La Vague fonctionne comme un miroir à peine déformant, qui nous montre que l’horreur naît justement de l’absence d’horreur.
Jeunes à la dérive ? Société en perte de repères ? Prof qui abuse de la crédulité des plus faibles ? Bien au contraire, ces jeunes sont tout ce qu’il y a de plus normal : ils sortent, ils boivent, ils fument, ils dissertent sur l’avenir – ou le manque d’avenir -,...
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