La valeur d'une action se mesure-t-elle à ses conséquences ?

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  • Publié le : 29 décembre 2011
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La valeur d'une action se mesure-t-elle à ses conséquences ?



Aux Ides de mars en 44 avant notre ère, quand au Sénat de Rome, Brutus et les autres conjurés poignardent Jules César, ils s'en prennent au symbole du pouvoir autoritaire qui menace la République. Faisant disparaître ce qu'ils considèrent comme un mal, ils provoquent une guerre civile qui hâte la fin de la République etconduit à l’avènement de l'Empire avec Octave devenant Auguste. La contradiction entre le geste des conjurés et le résultat final jette un doute sur leurs intentions et leur lucidité : plus que la défense de la République, l'aristocratie consulaire montre l'attachement qu'elle a à ses privilèges et la part de calcul qui participe à sa décision.
Pourtant l'action des conjurés a été menée au nom de laliberté des citoyens et du respect des institutions traditionnelles. La hauteur de la fin, son idéal semble donner à l'action une valeur en elle-même. Il faudrait rendre exemplaire une action qui est elle-même sa propre fin, par oppositions aux actions intéressées. Pour juges de la valeur de l'action , il faudrait ne pas tenir compte des conséquences qui échappent aux auteurs de l'action. Dans lamesure où l'acteur modifie la situation initiale et peut produire des conséquences indépendantes de cette action, il semble pertinent de juger l'action à partir de séquences réelles. Mais celles-ci n'appartenant plus à l'action proprement dite, elles ne peuvent entièrement être imputées et donc proposer un jugement sur l'action.

Si l'action n'est que mouvement vers une fin, visée d'unrésultat, ne faut-il pas la rapporter aux conséquences ? Or si l'action prend place dans une série d’événements, le jugement sur l'action ne porterait que sur le commencement et l'action compose donc avec les conséquences prévisibles. Les enjeux de l'action et la valeur que celle-ci peut avoir insistent sur la réflexion pratique, autant sur le plan moral que politique.

Quand on raisonne sur uneaction spectaculaire comme un acte héroïque, l'action est exceptionnelle, détachée de ce qui la précède et de ce qui la suit. D'où la nécessite de tenir compte des conséquences. L'action exige une réflexion, notamment dans le domaine politique dans une société donnée. Les intérêts opposés des riches et des pauvres ou des sécuritaires et libertaires, fait de la vie politique un lieu d'affrontementque ce soit des révoltes, des révolutions, des manifestations ou des tensions en « sommeil ». Pour Machiavel ( Ch9 du Prince ) « On s'élève à ce principat soit avec la faveur du peuple soit avec celle des grands. En effet, dans toute cité, on trouve ces deux humeurs différentes et cela naît de ce que le peuple désire ne pas être commandé, ni écrasé par les grands, et que les grands désirentcommander et écraser le peuple: et de ces deux appétits différents. ».
Le conflit est donc la règle du fait de l'usage permanent de la violence. La paix est donc totalement provisoire. Pascal le dit clairement dans les Pensées : « Il y a toujours des méchants. ». En cas d'urgence, l'homme politique doit donc arbitrer entre deux valeurs : Justice et propriété. L'action est donc soumise à un choix basésur le calcul des pertes et des gains, et donc la perspective des conséquences.

Si l'enjeu du pouvoir provoque des tensions, celles-ci ne peuvent êtres plus ou moins vives sans jamais disparaître entièrement. Ainsi Machiavel raisonne dans une époque pleine de trouble dans sa ville de Florence ( Médicis et Pazzi ,Savonarole ) ce qui est donc aux extrêmes de la question et explique donc ladifficulté a raisonner sur le cas normal. Chez Freud, la névrose est un état normal ; sans que cela soit pour la grande majorité un état pathologique, c'est plutôt un miroir grossissant sur le cas normal. Donc pour la politique, le général souffre d'exceptions ( les Églises se veulent universelles et conquérantes et non rationnelles : religion évangéliste aux États-Unis). On peut rêver d'un État...
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