La vie devant soi - analyse

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  • Publié le : 1 janvier 2011
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La vie devant soi
Analyse
Les deux premières pages de la Vie devant soi sont très fortes, essentielles. Tout Emile Ajar est là, dès les premières lignes, comme le parfum d'une œuvre où l'homme, dépouillé de ses artifices, se trouve d'emblée confronté à son irrémédiable condition. C'est un véritable morceau d'anthologie où la substance se dégage des mots.
Le succès de La vie devant soi futimpressionnant. Plus d'un million d'exemplaires vendus, qui en font, sur le plan commercial l'équivalent des Grands Goncourt. Mais sans parler de l'effet promotionnel né du refus du prix, il repose un peu sur un malentendu. De nombreux lecteurs sans malice, solidaires de toute enfance malheureuse, virent dans le lien filial unissant cette vieille pute hors d'usage et ce petit Chose de laGoutte-d'Or, lui-même fils de pute abandonné, une énième suite aux Allumettes suédoises de Robert Sabatier, version judéo-arabe. En Momo un public trop sensible, épris de stéréotypes sentimentaux, crut tenir, en plus cru, en plus désespéré, mais dans la même veine populiste et misérabiliste, son David Copperfield. On s'apitoya sur la détresse de ces déshérités, sur l'optimisme forcené de ce petit Poucet desbas-fonds, immigré de surcroît.
C'est méconnaître La Vie devant soi, au titre trompeur, que d'y voir une peinture de l'enfance déchirée, là où se joue l'universelle tragédie de la mort.
Si Momo est ce narrateur essentiel qui donne son ton au récit, madame Rosa en est l'épicentre. C'est autour d'elle, de ses hantises, de son inexorable détresse qu'est construite toute l'œuvre. C'est d'elle quenaît l'émotion. Autour de toute cette vie qu'elle a derrière soi et de la mort qui est devant elle.
Momo est beaucoup plus qu'un témoin pour qui la mort ne serait qu'un spectacle, un accident incompréhensible, proprement impensable. 6 Ici la mort surgit au cœur de l'enfance, de l'existence même. Momo fait l'expérience de la vie à travers le délabrement de madame Rosa. Son agonie à elle se viten lui. La fin surgit dès le début.
Emile Ajar c'est Gary expulsant son angoisse de vieillir, une perspective qui le rend malade et pas seulement au sens figuré. Entre madame Rosa qui meurt et Momo qui la voit mourir, Gary ne se retrouve pas nécessairement du côté du narrateur. La jeunesse de Momo est confrontée à l'angoisse d'une vieillesse désespérée ou presque. Chaque fois la mort ou levieillissement qui la préfigure, ses souffrances, ses humiliations constituent la matière du roman. Comment se survivre quand on a pour toujours la nature contre soi ? Thème suffisamment essentiel pour déterminer les deux œuvres majeures d'Emile Ajar. " page 148 il écrit " Ce monsieur Charmette avait un visage déjà ombragé, surtout autour des yeux qui sont les premiers à se creuser et vivent seuls dansleur arrondissement avec une expression de pourquoi, de quel droit, qu'est-ce qui m'arrive. Je mes souviens très bien de lui, je me souviens comment il était assis tout droit en face de Madame Rosa, avec son dos qu'il ne pouvait plus plier à cause des lois du rhumatisme qui augmente avec l'âge, surtout lorsque les nuits sont fraîches, ce qui est souvent le cas hors saison. " [……] Ils avaient peur,tous les deux, car ce n'est pas vrai que la nature fait bien les choses. La nature, elle fait n'importe quoi à n'importe qui et elle ne sait même pas ce qu'elle fait, quelquefois ce sont des fleurs et des oiseaux et quelquefois, c'est une vieille juive au sixième étage qui ne peut plus descendre. ". [….] " Je ne suis pas tellement chaud pour les lois de la nature.
Page 158 il y a aussi unedescription du temps qui est très pertinente " Je suis resté un bon moment avec lui en laissant passer le temps, celui qui va lentement et qui n'est pas français. Monsieur Hamil m'avait souvent dit que le temps vient lentement du désert avec ses caravanes de chameaux et qu'il n'était pas pressé car il transportait l'éternité. Mais c'est toujours plus joli quand on le raconte que lorsqu'on le regarde...
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