La vie devant soi

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  • Publié le : 2 mai 2011
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Destin
 Le chapitre consacré aux données de la biologie est osé, complexe, écrit dans une langue poétique et imagée. La première page constitue un bon extrait à utiliser en classe : « La femme ? c’est bien simple, disent les amateurs de formules simples : elle est une matrice, un ovaire ; elle est une femelle : ce mot suffit à la définir. » (p. 37). Plus loin, on trouvera développée laconception Schopenhauerienne : « Ni chez les fourmis, les abeilles, les termites, ni chez l’araignée ou la mante religieuse on ne peut dire que la femelle asservit et dévore le mâle : c’est l’espèce qui par des voies différentes les dévore tous deux. » (p. 56). Sans tenter d’édulcorer, et en témoignant d’une connaissance approfondie de la question, Beauvoir explique en quoi ces données biologiquesinforment la situation de la femme : Sa domination s’exprime par la posture du coït : chez presque tous les animaux le mâle est sur la femelle » (p. 59). Elle montre que la responsabilité de la reproduction de l’espèce affaiblit la femme : « ce n’est pas sans résistance que le corps de la femme laisse l’espèce s’installer en elle » (p. 65). Un long extrait pp. 66 à 70 décrit le cycle menstruel en cequ’il « donne au corps féminin une inquiétante fragilité ». Elle ne craint pas de préciser que ces données expliquent que les femmes soient « sujettes aux manifestations convulsives : larmes, fou rire, crises de nerfs » (p. 72).
 Le chapitre consacré à la psychanalyse est très critique vis-à-vis de Freud. Il contient sans doute une des premières mentions des « deux systèmes érotiques distincts :l’un clitoridien qui se développe au stade infantile et l’autre vaginal qui ne s’épanouit qu’après la puberté » (p. 82). Beauvoir résume les données freudiennes, et comme pour la biologie, n’a pas peur d’énoncer des observations qui peuvent indisposer les féministes : « il faudrait considérer comme une donnée originale cette sorte d’appel à la fois urgent et effrayé qu’est le désir femelle […] Il estremarquable que beaucoup de femelles animales fuient le coït au moment où elles le sollicitent » (p. 94).
 Le chapitre consacré au matérialisme historique développe la vision de la femme en parallèle avec le prolétaire, là encore sans nier les données incontournables : « on ne saurait sans mauvaise foi considérer la femme uniquement comme une travailleuse ; autant que sa capacité productrice,sa fonction de reproductrice est importante, tant dans l’économie sociale que dans la vie individuelle » (p. 105).

Mythes
 Voici un aperçu saisissant du travail de Beauvoir : « L’hésitation du mâle entre la peur et le désir, entre la crainte d’être possédé par des forces incontrôlables et la volonté de les capter se reflète d’une manière saisissante dans les mythes de la Virginité. Tantôtredoutée par le mâle, tantôt souhaitée ou même exigée, elle apparaît comme la forme la plus achevée du mystère féminin ; elle en est donc l’aspect le plus inquiétant et le plus fascinant à la fois Selon que l’homme se sent écrasé par les puissances qui le cernent ou qu’il se croit orgueilleusement capable de les annexer, il refuse ou réclame que son épouse lui soit livrée vierge. Dans les sociétésles plus primitives, où le pouvoir de la femme est exalté, c’est la crainte qui l’emporte ; il convient que la femme ait été déflorée avant la nuit de noces. […] Certains peuples s’imaginent qu’il y a dans le vagin un serpent qui mordrait l’époux au moment de la rupture de l’hymen ; on accorde de terrifiantes vertus au sang virginal, apparenté au sang menstruel et susceptible lui aussi de ruinerla vigueur du mâle. » (p. 259). On retrouve cette tradition dans le mythe de Gilgamesh. Beauvoir évoque aussi le rite fréquent « qui consiste à livrer les vierges à des étrangers de passage » (p. 260). Le thème est repris plus loin : « la matrice, cet antre chaud paisible et sûr, devient poulpe humeuse, plante carnivore, un abîme de ténèbres convulsives ; un serpent l’habite qui engloutit...
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