La vie a-t-elle un sens ?

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  • Publié le : 14 février 2010
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PHILOSOPHIE

LA VIE A-T-ELLE UN SENS ?

I) INTRODUCTION :

Si la vie n’a pas de sens, à quoi bon vivre c’est-à-dire faire les efforts parfois extrêmes qu’elle nécessite ? À quoi bon aussi la donner ? Comment même expliquer que des criminels la prennent, puisque le mal qui est la négation du sens ne saurait s’attaquer à ce qui n’en a pas ? Or nous vivons, nous faisons des efforts et le malexiste. Chacun pense donc que la vie « vaut la peine » d’être vécue, comme si elle se trouvait depuis toujours estimée par cette équivalence qui marquerait sa justification, interdisant qu’on la réduise à la contingence d’exister. Cela ne va pas toujours de soi : la possibilité reste ouverte qu’un jour, les conditions étant alors ce qu’elles seront (maladie atrocement invalidante, diminutiondrastique des facultés intellectuelles, perte d’êtres chers, déshonneur…), il nous apparaisse que « vivre, ce n’est pas cela ». Ce jour-là nous saurons sans erreur possible que nous aurions tort de poursuivre parce que la vie n’aura plus de sens. Et personne ne veut d’une vie qui n’ait pas de sens.

Nous ne possédons aucun savoir sur le « sens de la vie » ; en posséderions-nous un – doctrinemétaphysique, révélation religieuse – qu’il serait forcément lettre morte, puisqu’on pourrait aussi bien s’y soumettre ou s’en indigner qu’y rester indifférent : son sens viendrait de notre attitude dès lors forcément arbitraire. Cependant nous ne sommes pas sans savoir que, dans les conditions qui nous sont actuellement faites, si absurde qu’elle puisse apparaître aux yeux des autres et parfois denous-mêmes, la vie que nous menons a encore un sens… Autrement dit nous vivons comme si nous étions les détenteurs d’un savoir sur la vie qui nous la fait reconnaître comme encore valable, mais un savoir seulement susceptible d’être appréhendé de manière négative, à travers l’impossibilité d’aller au-delà d’une certaine limite, de payer pour la garder plus qu’un certain prix. Car pour chacun, et sansqu’il sache d’avance laquelle, il y a une limite au-delà de quoi la vie n’aurait plus de possibilité d’être vraiment la vie : elle le serait toujours en réalité, mais plus en vérité. Aucun être humain ne veut d’une vie qu’il n’ait pas d’une manière ou d’une autre raison de mener.
Ainsi chacun vit-il pour lui-même d'un vivre ordonné moins à la réalité qu’à la vérité manquante de sa proprecompréhension,une vérité singulière plus radicale que la vie parce qu'elle en est la décision, tache à jamais aveugle d'une existence par elle seulement humaine et personnelle. La question du sens de la vie est celle de cette tache aveugle.


II) L’hypothèse de l’« éthique » et de la « vie bonne » :


Une première réflexion semble indiquer la nature de cette « tache aveugle » : n’est-il pas évidentque nous agissons à chaque fois « pour le mieux », même si nous ne sommes pas toujours capables de discerner réellement notre bien ? En d’autres termes, ne sommes-nous pas guidés par une certaine idée de la vie « accomplie », dont nous n’avons le plus souvent qu’une conscience obscure mais qui agirait en nous à la façon d’une boussole pour maintenir le cap dans la multitude contradictoire desnécessités quotidiennes ? Dans ce cas, l’idée de la limite s’éclairerait : il peut arriver que des événements nous affectent d’une manière telle que l’accomplissement de notre vie devienne définitivement impossible. Nous choisirions alors d’y mettre un terme, en toute conscience, afin de conserver un minimum d’estime de soi. On parlerait donc d’une éthique (par opposition à la morale qui renvoie aurespect de soi et concerne la légitimité universelle de nos actions, quelles que soient par ailleurs nos fins ultimes) pour désigner cette poursuite de la « vie bonne », dans la diversité concrète et souvent aporétique des situations.
Outre sa générosité peu réaliste, cette position est aujourd’hui intenable parce qu’elle méconnaît l’enseignement essentiel de la psychanalyse, qui est non...
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