La violence et les banlieues

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  • Publié le : 30 mai 2010
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La violence et les banlieues
par Thomas Ferenczi

LES REPRÉSENTANTS de plusieurs associations de la ville des Ulis nous ont fait part de leur " réprobation " après la publication dans Le Monde du 12 décembre d'une enquête de - Marie-Pierre Subtil sur la délinquance des jeunes dans cette commune de l'Essonne. Dans leur lettre, que nous publions ci-dessous, ils reprochent à cet article dedonner de leur ville une image exagérément négative qui produit une impression " de fatalité et d'impuissance ". Dans le même esprit, un " citoyen des Ulis ", jean Lalou, nous écrit qu'il ne reconnaît pas sa ville dans la description de notre journaliste. " La violence est marginale, mais médiatique, ajoute-t-il, n'en faites pas un... Monde! "
" Votre enquête m'a profondément choquée ", nous ditAgnès Foucher, d'Orsay, commune proche des Ulis. Selon notre correspondante, Eric Raoult, ancien ministre délégué à la ville et à l'intégration, qui avait naguère invité les intellectuels à visiter les quartiers difficiles pour prendre conscience des problèmes de l'immigration, " n'aurait sans doute pas renié " cette " plongée dans l'enfer des banlieues ". Pour Agnès Foucher, " les mêmes proposalarmistes, les mêmes insinuations douteuses - le jeune délinquant, évidemment, porte un nom à consonance étrangère -, le même apitoiement, dégradant, pour ces pauvres gens des cités -on imagine le frisson de compassion du lecteur -, les mêmes propos désabusés des élus dressent un même tableau caricatural de la misère des banlieues, indigne d'un quotidien de référence ".
Nous comprenons l'émotion denos correspondants. Leurs critiques nous semblent toutefois injustifiées. L'enquête du Monde ne contestait en aucune manière le travail des associations. Au contraire, la ville des Ulis avait été choisie précisément parce qu'elle offre un tissu associatif exemplaire. " Depuis sa création il y a vingt ans, écrivait l'auteur de l'article, la municipalité de la ville nouvelle s'évertue à "mailler leterrain social". ( ... ) Les mailles sont serrées: deux cents associations, des centres de loisir, des Maisons pour tous, des gymnases, un centre culturel, une superbe médiathèque, un caté-musique, des clubs de sport ( ... ). La ville n'a pas ménagé ses efforts pour solidifier le tissu. "
Ce que notre journaliste a constaté, qu'en dépit de ces efforts " la délinquance mineurs ne cessed'augmenter " et qu'une minorité de jeunes (" cinquante selon les uns, une centaine selon les autres ") refuse toutes les formes actuelles d'encadrement, provoquant des violences et décourageant beaucoup d'élus. Ni plus ni moins qu'ailleurs ? Sans doute. " ville ordinaire, en somme, soulignait l'article. Ni plus ni moins "délinquante" qu'une autre. Mais rongée par un mal ordinaire. " Fallait-il taire cetteréalité ? Qu'elle soit le fruit de l'exclusion de la pauvreté, du chômage, qui songerait à le nier ? Certainement pas l'auteur de l'article, qui rappelait, en évoquant la démission des parents, que " beaucoup de pères sont au chômage ".
Faudrait-il renoncer à prendre pour objet d'enquête la violence des banlieues ? Nous ne le croyons pas dès lors que l'actualité, boussole du journalisme, metcette question au premier plan et que son étude est conduite avec sérieux, sans volonté de stigmatisation ni de dramatisation. Loin d'" aggraver le mal", comme le craignent nos correspondants, un tel coup de projecteur peut à terme, aider à le guérir.

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Le Monde 5.01.98
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La violence des banlieues est une révolte contre"une société injuste et raciste", selon le sociologue Laurent Mucchielli
Le Monde: ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.11.01

"Vous avez étudié les chiffres de la délinquance depuis 1972. Tout le monde parle d'une augmentation de la violence. Qu'en est-il de votre point de vue ?
– Je veux dire d'emblée que certaines aggravations sont incontestables. Mais ajouter aussitôt que, derrière le mot...
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